[Critique] Yakuza apocalypse, de Takashi Miike (Etrange festival 2015)
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De Cannes à l’Etrange festival, il n’y a parfois qu’un pas ! La preuve avec Takashi Miike, dont la dernière folie, Yakuza Apocalypse, débarque en compétition à l’Etrange après un passage par la quinzaine des réalisateurs. Et le bonhomme reste fidèle à sa réputation !

Cet homme est fou ! Takashi Miike est un habitué de l’Etrange festival, où l’on a pu voir son oppressant Over your dead body l’an dernier, présenté en compétition, mais aussi le barré Dead or Alive dans le cadre de la rétrospective des 20 ans. C’est tout naturellement qu’il revient donc en 2015, de nouveau en compétition, pour Yakuza Apocalypse.

Et le réalisateur stakhanoviste avait annoncé s’être lâché pour ce film, son dernier film violent. Pas le dernier film de sa carrière, mais le dernier film sanglant, Miike souhaitant désormais se consacrer à des histoires d’amour et d’amitié. Alors, promesse tenue ?

Kamiura, chef yakuza respecté, est en réalité un vampire. Durant une rixe, il est battu à mort, et a juste le temps de mordre Kageyama, sa plus fidèle recrue. Ce dernier va contaminer à son tour d’autres mafieux et venger son ancien maître.

Un festival de WTF…

Quand le réalisateur d’Audition et Dead or Alive s’attaque à un film fantastique dans l’univers des Yakuzas sous influence Western, autant le dire : il faut s’attendre à tout ! Ca tombe bien, Takashi Miike a mit tout ce qu’il a pu ! Mélangeant un sacré paquet d’influences, du western au film de sabre, en passant par le film de vampires, d’arts martiaux, et la comédie, le réalisateur nippon aligne les références à ces univers, la plus flagrante étant bien entendu cette figure de prêtre trainant derrière lui un cercueil, clin d’œil appuyé au Django de Sergio Corbucci.

Golimar, mar, mar, mar...

Golimar, mar, mar, mar…

Ajoutons à cela une galerie de personnages complètement hétéroclites, et vous avez là tous les éléments pour plus de 2h de déconnage à outrance. Vous vous souvenez cette fin abrupte et sortie de nulle part qui clôturait Dead or Alive ? Gardez-en l’esprit, étirez-le sur 2h, et vous obtiendrez en grande partie Yakuza Apocalypse.

En suivant un jeune Yakuza devenu vampire décidé à venger son boss assassiné par une organisation mafieuse internationale, Takashi Miike aligne un nombre incroyable de scènes complètement WTF, un feu d’artifice de l’absurde qui attendra son bouquet final lors d’un dernier acte rocambolesque. Car les péripéties que devra affronter Kageyama pour assouvir sa soif de vengeance vont devenir autant de prétextes à des situations aussi improbables que les combattants auxquels il sera confronté.

Teletubbies ? Non, Yakuza Apocalypse !

Teletubbies ? Non, Yakuza Apocalypse !

Outre le fameux prêtre, notre héros devra ainsi se défaire d’un féroce nerd d’une quarantaine d’années (le fabuleux Yayan Ruhian, vu dans The Raid 1 & 2, et dont la maitrise martiale impressionne toujours autant), mais surtout une mystérieuse grenouille à bicyclette et à la force surhumaine. Nous nous garderons bien d’en dire plus sur ce personnage où ces scènes, qui constituent l’attraction majeure du film. Mais ce que l’on peut vous dire, c’est que quand arrive la grenouille, tout part en couille !

Ajoutez à cela une flopée de détail improbables, un tatouage pas si inoffensif, une nurse qui devient subitement arbitre, des combats déconcertants jusqu’à un final encore plus vénère, un passage animé qui en rajoute encore une couche dans le capilo-tracté, et vous aurez ainsi une idée de l’escalade progressive qui vous attends dans ce film où Miike semble avoir décider de se lâcher pour notre plus grand plaisir. Les fanas des films frappadingues du réalisateurs y trouveront leur compte à coup sur. Et pourtant…

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… mais un film brouillon.

Mais tous ces aspects carrément foutraques qui composent ce Yakuza Apocalypse, et bien qu’ils s’avèrent totalement fendard pour la plupart, ne parviennent malheureusement pas à effacer un certain sentiment d’insatisfaction face au film. Tout décalé qu’il soit, Yakuza Apocalypse comporte de nombreux défauts qui se révèlent visibles tout au long du film.

On sait le réalisateur japonais capable du pire comme du meilleur, et il l’a déjà montré à plusieurs reprises au cours de sa très longue filmographie. Et derrière son aspect délire, Yakuza apocalypse se révèle un film relativement vain et inconsistant. Le scénariste du film, Yoshitaka Yamaguchi, s’est vanté d’avoir écrit l’idée de script originale sur une serviette en papier : on veut bien le croire, tant le scénario est à la ramasse sur certains points.

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Ce qui saute en premier aux yeux est en effet l’aspect très haché de son histoire, qui, plus qu’un scénario en fil continu, s’apparente surtout à un enchaînement de saynètes qui ne garantissent pas toujours la plus grande cohérence du récit. Bien entendu, un film de ce niveau de WTF n’exige pas nécessairement un scénario ultra élaboré. Mais des cinéastes comme Sono Sion ou Hitoshi Matsumoto (Symbol) ont cependant montré qu’on pouvait réaliser des films complètement absurdes tout en ayant un certain sens du récit et de l’histoire.

Le film met ainsi énormément de temps à démarrer, au frais d’une entrée en matière un peu brouillonne, et il faut vraiment attendre la deuxième moitié du film pour que le long métrage décolle réellement. Et même une fois l’histoire lancée, de nombreuses questions soulevées par le film ne trouveront aucune réponse, se perdant en cours de route. Quid des réelles intentions de chacun où des liens qui les unissent réellement à la mystérieuse organisation internationale ? On en ressort avec un film qui se résume à l’enchainement de perles WTF au cours de scènes plus décalées les unes que les autres, mais  qui ne s’inscrivent dans aucune perspective d’ensemble, hormis la revenge story. D’où l’impression d’avoir à faire à une coquille vide, ponctuée de plus par une réalisation parfois un peu brouillonne.

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Ces aspects n’enlèvent rien au côté complètement délirant de Yakuza Apocalypse, et on peut facilement prendre son pied comme pas deux devant la projection de cette bobine improbable… tout comme on peut aussi s’en lasser. Ainsi, le bon moment offert à coup de nawak ne suffit pas à ce que le film marque les esprits pour autant. Peu de chance de se rappeler d’une foule de détail au lendemain de la projo, sinon d’un vague amas de situations burlesques et décalées. C’est d’autant plus dommage que l’on sait le réalisateur capable de rendre des copies bien plus soignées, tout comme Over your dead body l’an dernier, pour lequel il avait su créer une atmosphère particulière. Libre à chacun d’aimer ou non, mais il y avait matière à discuter. Au mieux, Yakuza apocalypse ne devrait provoquer qu’un vague consensus pour ses scènes délirantes et poilantes, avant de passer aux oubliettes quelques jours plus tard.

Conclusion : un film mi-figue, Miike
Prometteur sur le papier, on ressort de Yakuza Apocalypse avec un sentiment mitigé : celui d’avoir vu, une nouvelle fois, quelque chose de surprenant et de toujours plus poussé dans le nawak, mais aussi celui d’avoir à faire à un film un peu brouillon et bâclé, pensant que ces aspects dafuq et décalés se suffiraient à eux même. Or, des cinéastes contemporains ont aussi montré que derrière les films WTF peut se cacher de vrais idées cinématographiques et du travail. Ce Yakuza Apocalypse, s’il fera donc passer pour sur un bon moment, laisse un arrière goût d’inachevé.

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Consequences will never be the same !

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