[Review série] Agent Carter saison 2
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Prévue pour occuper les spectateurs d’ABC pendant le hiatus hivernal de la seconde saison d’Agents of S.H.I.E.L.D., la première saison d’Agent Carter s’était révélée être une excellente surprise.
Renouvelée malgré des audiences peu satisfaisantes (et peut-être grâce à un accueil critique très favorable),  la série est de retour pour une seconde saison, toujours diffusée pendant le hiatus d’Agents of S.H.I.E.L.D.

Synopsis

Plusieurs mois après les événements de la première saison, Peggy Carter (Hayley Atwell) est coincée au bureau SSR de New-York, sous les ordres d’un Thompson (Chad Michael Murray) toujours aussi odieux.
Sousa (Enver Gjorak), de son côté, a été promu chef du bureau de Los Angeles, mais se retrouve confronté à un cas très bizarre : une jeune femme est trouvée morte au milieu d’un lac gelé, au beau milieu d’une vague de chaleur. Trop heureux de se débarrasser de Carter, Thompson l’envoie donc en renfort dans la Cité des Anges.
Une fois sur place, Peggy pourra compter sur l’aide de Jarvis et de son épouse, pour tenter de comprendre ce qui a bien pu se produire.

Fraîcheur de vivre o/

Fraîcheur de vivre o/

 

Changement de décor pour cette seconde saison donc : après la froideur de New-York, Hollywood prend la relève, avec son soleil, ses palmiers, ses acteurs glamours et ses chemises à fleurs tendance, mais sans ses chewing-gums.
Si la première saison s’articulait autour du retour à la normale après la guerre, les frustrations qui en découlaient pour les femmes, et le deuil de Steve Rogers, la seconde nous montre une Peggy qui s’ouvre aux autres, maintenant qu’elle est en paix avec elle-même (et le SSR). Même si, évidemment, la société est toujours dégoulinante de sexisme (et de racisme) ordinaire : nous ne sommes qu’en 1947.

Oui, Jarvis court après des flamands, OUI !

Oui, Jarvis court après des flamands, OUI !

 

Du coup, si l’enquête visant à innocenter Stark la saison dernière tournait principalement autour de Peggy (et dans une moindre mesure, du duo Peggy-Jarvis), cette fois-ci les personnages « secondaires » prennent de l’ampleur, offrant une touche un peu plus chorale à l’ensemble, avec des interactions, des émotions, des évolutions un peu plus riches que l’an passé.

Jarvis, par exemple, même s’il est toujours là en tant que personnage comique, par ses manières, son attitude, sa répartie, gagne en épaisseur, grâce à l’introduction de sa femme, Ana, et révèle une part de lui un peu plus émotionnelle, un peu plus sombre, le rendant plus réaliste.
Thompson, de son côté, s’il est toujours un macho condescendant, nous apparaît plus sympathique, car on comprend mieux ses motivations, et on comprend surtout qu’il est au fond un homme bien, mais peu sûr de lui, et un peu enclin à prendre les mauvaises décisions.

Haaan ? On est pas renouvelés officiellement ?

Haaan ? On est pas renouvelés officiellement ?

 

Les personnages féminins, de leur côté, apportent une touche de fraîcheur à plusieurs niveaux.
Rose, par exemple, a plusieurs occasions de briller, et c’est toujours appréciable quand un personnage qui ne fait pas un 36, ne mesure pas un mètre quatre-vingts et n’a pas vingt-cinq ans est considéré comme une personne normale avec d’autres capacités que celle de répondre au téléphone. Même Stark Senior en est conscient.
Violet l’infirmière, de son côté, si elle introduit quelque chose dont on se serait bien passés (oui, on peut toujours se passer d’un triangle amoureux), gère la chose avec grâce et élégance, ce qui nous change des sempiternels et ridicules combats de harpies pour gagner les faveurs du mâle.

Sérieusement les gens, cessez avec ce trope idiot.

Whitney is not impressed.

Whitney is not impressed.

 

Dans le même ordre d’idée, Ana, l’épouse de Jarvis, se lie immédiatement d’amitié avec Peggy, et à aucun moment ne met en doute les sentiments de son mari, pas plus qu’elle ne l’empêche de faire ce dont il a envie, même si ça implique de se mettre en danger : une femme non jalouse de l’amitié, profonde, de son homme pour une autre femme, c’est tellement rafraîchissant.

Le personnage féminin qui brille cependant le plus cette saison, c’est Whitney Frost. Les habitués de comics savent que malgré son nom, ce n’est pas une gentille vendeuse de crème glacée, et en effet, Whitney est une méchante.
Mais contrairement à l’Orangina Rouge, elle n’est pas méchante « parce que ».

Attends, attends, je prends mon air ténébreux.

Attends, attends, je prends mon air ténébreux.

 

A force d’être regardée de haut par les hommes, d’être rabaissée au rang de simple poupée par son époux, de ne pas être prise au sérieux parce qu’elle est une femme, d’être réduite à sa plastique, alors qu’elle est une scientifique de génie, et pas seulement une actrice jolie, lorsque l’occasion lui est donnée d’avoir le pouvoir, le vrai, grâce à une expérience qui tourne mal (oui, quand une matière bizarre, noire et gluante, sort d’une fissure spatio-temporelle, on peut parler d’expérience qui tourne mal), elle craque sa gaine.

Agent Carter S2 trio gagnantEt si on peut tous s’accorder sur le fait que Frost n’est clairement pas quelqu’un de recommandable, même avant d’être dotée de super-pouvoirs, que ses actions sous l’influence de cette substance étrange sont condamnables, on peut aussi tous être d’accord sur le fait qu’à sa place, on aurait peut-être craqué aussi : coincée entre un agent qui la considère comme un objet à sa disposition (y compris sexuelle…), un mari pleutre (qui se croit pourtant supérieur à elle), et une société qui ne la verra jamais pour ce qu’elle est réellement et l’enferme dans l’impuissance, il y a de quoi fondre un plomb.
Son personnage, et les situations qu’elle vit, ne sont d’ailleurs pas sans faire écho à certaines situations de la série Jessica Jones, et les deux mettent en lumière une certaine forme de sexisme, plus diffus, plus inconscient que le gros machisme des fourrés, mais tout aussi destructeur.

Au final, même si le spectateur est parfaitement conscient qu’il faut mettre Frost hors d’état de nuire, il comprend par quoi elle est passée, et sera même d’accord avec elle par moments : Whitney Frost est une méchante de qualité, vaguement tragique.

En parallèle avec le personnage de Whitney, il est d’ailleurs dommage que le personnage de Jason Wilkes ne soit pas un peu mieux exploité. Alors oui, c’est un homme, mais il est noir. Et là vous vous dites : « mais c’est quoi le rapport ? »
Le rapport, c’est que la série avait ainsi une occasion de tacler le racisme (non parce que si le racisme est un problème toujours d’actualité, on ne peut nier que dans les années quarante, c’était vaguement pire), comme elle tacle le sexisme via ses personnages féminins, et au final, les quelques piques de début de saison ne sont guère développées ensuite.

Ki-yaaaa !

Quel homme, ce Jarvis !

 

D’ailleurs, de façon générale, si Wilkes est un personnage sympathique, il est globalement assez plat, comme Sousa, qui n’évolue guère entre les deux saisons. Ces deux messieurs auraient mérité un peu plus de développement, d’autant que la saison, avec dix épisodes au lieu de huit l’année passée, avait le temps de se pencher sur eux.

Tous ces personnages nous donnent, comme dans la saison précédente, de grands moments de dialogues, d’émotions ou d’humour, et, sans surprise, le cœur de la série s’incarne dans le duo Peggy/Jarvis. Les deux acolytes sont toujours aussi drôles, et toujours aussi touchants dans leur sincère amitié, même quand elle est mise à l’épreuve.
De la même façon, les confrontations entre Dottie Underwood et Peggy sont savoureuses, et on aurait aimé qu’il y en ait un peu plus.

Trop de classe. Trop de sexitude.

Trop de classe. Trop de sexitude.

 

Tout n’est évidemment pas parfait : la trame narrative est très convenue (une société secrète, une grande méchante, un pouvoir dangereux… Pas de doute, on est dans une série tirée de l’univers des comics), et se dilue un peu en fin de saison, comme si les scénaristes n’avaient pas trop su quoi faire des deux épisodes en plus par rapport à la saison dernière.
On aurait également aimé que la série fasse quelque chose de plus ambitieux des éléments du MCU qu’elle introduit : la Zero Matter contre laquelle lutte Peggy et consorts annonce la couleur pour le film Doctor Strange à venir, mais ça va pas chercher bien loin, et plus gênant, le Conseil des Neuf qui complote dans l’ombre a pour symbole un A stylisé qui ressemble à s’y méprendre à un ancien symbole de l’Hydra, comme montré dans Agents Of S.H.I.E.L.D. et… Tout le monde s’en fiche. Michele Fazekas, productrice et scénariste sur Agent Carter, dit même qu’a priori il n’y aucun lien entre L’Hydra et le Conseil. Allez comprendre.

Y a comme un air de ressemblance...

Y a comme un air de ressemblance…

 

La seconde saison d’Agent Carter ressemble donc en tous points à la première : c’est rythmé, c’est drôle, c’est bien interprété, c’est intelligent, c’est rafraîchissant… Les fans de la première heure ne seront sans doute pas déçus, malgré quelques points négatifs ici ou là.
Malheureusement, malgré la qualité certaine de l’ensemble, les audiences n’ont pas été au rendez-vous, et le renouvellement de la série pour une troisième saison n’est pour l’instant qu’à l’état de rumeur. Si l’on comprend tout-à-fait qu’ABC (et donc Disney) ne veuille pas perdre d’argent avec une série qui ne passionne pas les foules, il serait triste de voir partir une série d’une telle qualité.

 Images via la page Facebook officielle de la série.

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L'auteur

Fille de Mary Poppins et Xena la Guerrière, aime se promener dans les bois pluvieux. Avec une console. Ou un comics. Avant que les cylons n'arrivent...

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