Pour ce dernier jour Ă l’Etrange Festival (Ă´ tristesse !), le programme est encore chargĂ© : Borgman, d’Alex Van Warmerdam, Rewind This!, un docu sur la VHS, puis la cĂ©rĂ©monie de clĂ´ture avec le court-mĂ©trage d’Adan Jodorowsky, The Voice Thief, et le dernier film de Vincenzo Natali, Haunter…Â
Borgman
Premier film de cette journĂ©e, Borgman marquait le retour du rĂ©alisateur flamand Alex Van Warmerdam (Les habitants) au Festival. De l’aveu mĂŞme du PrĂ©sident, ce film marquait selon eux le retour en grande forme de Warmerdam (oĂą j’fais un malheur) après quelques films qui n’avaient pas rĂ©ussis Ă retenir leur attention en vue d’une prĂ©sentation ici. Après les conseils avisĂ©s de FrĂ©dĂ©ric Temps sur Why don’t you play in hell et Tore Tanzt, on dĂ©marrait donc la sĂ©ance avec un certain enthousiasme.
Camiel Borgman, un Hermite vivant sous terre, est poursuivi par un groupe d’individus. Il erre alors dans une banlieue cossue pour rĂ©ussir Ă s’inviter dans la vie d’une famille bourgeoise modèle. Mais quelles sont ses rĂ©elles intentions ? Et qui est rĂ©ellement ce Borgman ? Peu Ă peu, la situation se dĂ©règle Ă mesure que Borgman prends de la place dans le foyer… Film allĂ©gorique, Borgman s’inscrit dans le courant de ce cinĂ©ma flamand qui de plus en plus, franchit nos frontières, Ă l’image du fameux Bullhead, dont on retrouve ici l’un des acteurs (Jeroen Perceval. Si si, je vous assure, c’est pas faux !) dans le rĂ´le du père de famille.
PortĂ© par la très bonne interprĂ©tation de son charismatique comĂ©dien principal, en vagabond impĂ©nĂ©trable et calculateur, choisissant de laisser le spectateur interprĂ©ter plutĂ´t que de livrer toutes les clĂ©s de son analyse, Borgman se rĂ©vèle de très bonne facture technique et se laisse suivre agrĂ©ablement. Le film brasse de nombreux thèmes, entre la satire sociale, le dĂ©sir interdit, les pulsions, etc. Pour autant, un lĂ©ger quelque chose manque Ă l’ensemble, l’intrigue puis la conclusion semblant ne pas aboutir et se finir de façon assez improbable, laissant un goĂ»t d’inachevĂ©. On en vient parfois Ă se dire « tout ça pour ça » ?
En mĂŞme temps, Borgman est truffĂ© de rĂ©fĂ©rences aux tableaux de la Renaissance, oĂą Ă la Divine ComĂ©die de Dante, il est aussi fort possible qu’il faille au spectateur un certain nombre de clĂ©s pour en saisir toute la portĂ©e. Une seconde vision plus avertie pourrait ainsi permettre de revoir quelque peu le film Ă la hausse, sans pour autant que cela suffise Ă donner tout son sens au film, qui ne semble pas totalement conclure son arc et de rĂ©ellement dĂ©coller.
Rewind This!
On poursuit l’après-midi avec un documentaire de Josh Johnson sur l’avènement de la VHS, intitulé Rewind This! C’est parti pour 1h30 de nostalgie ! Avant la séance on a même droit à une distribution de VHS jetées à la volée à travers la salle pour qui a encore un magnétoscope chez soi…
Le film s’ouvre sur un collectionneur qui cherche la perle rare en vide-greniers… Et s’ensuit tout un panel de collectionneurs un peu zinzins (comme nous !), de celui qui a aménagé une salle de projection dans son grenier, à celle qui range ses VHS par couleur ou celui qui en a des dizaines dont le titre commence par Dead, Deadly ou Death… Dès les premières minutes du film, on est happé par cette nostalgie qui anime ces fétichistes de la bande magnétique et des jaquettes kitsch.
Le film, assez exhaustif, revient intelligemment sur l’historique de la VHS, qui a marqué une véritable révolution technologique et culturelle, en donnant une nouvelle vie aux films après leur sortie en salles, offrant aux utilisateurs la liberté de voir le film autant de fois qu’on veut et quand on veut, et de revoir à volonté certaines scènes, jusqu’à en user la bande ! Des personnalités comme Frank Henenlotter, Lloyd Kaufman ou encore Cassandra Peterson (aka Elvira) reconnaissent qu’ils doivent beaucoup à la VHS, qui leur a permis d’exister, car l’avènement de la VHS a également permis aux amateurs comme aux pros de réaliser facilement leurs films, mais a aussi facilité la sortie du tout et n’importe quoi !

Rewind This!, s’il est assez classique dans sa forme, avec des interviews, des extraits de films ou des pubs d’époque, n’en demeure pas moins très drôle, surtout lorsque les intervenants nous montrent certaines pépites, comme la cassette de Frankenhooker qui crie « wanna date » comme dans le film quand on appuie dessus. On a droit à du très lourd : une succession de jaquettes folles de navets intergalactiques, des vidéos de gym improbables, une leçon de golf par Leslie Nielsen ou encore à un guide vidéo de Windows 95 présenté par Jennifer Aniston et Matthew Perry, et j’en passe…
Mais Rewind This! n’est pas qu’un documentaire nostalgique jetant un œil attendri vers le passé. Le documentaire élargit sa réflexion sur la question des supports numériques dématérialisés et des changements de modes de consommation du grand public…
La séance de clôture
A 20 heures, la salle 500 est quasiment comble, pour l’annonce du palmarès du festival et le film de clĂ´ture. Le Prix Nouveau Genre, en partenariat avec Canal + CinĂ©ma, est attribuĂ© Ă The Major, polar russe de Yury Bykov. Bernard Maltaverne (distributeur français du film via la sociĂ©tĂ© Zootrope Films) et Olga Alayrova (productrice du film) ont reçu le prix sur scène au nom du rĂ©alisateur.

Le Prix du Public a sans surprise été attribué à l’excellent Why Don’t You Play In Hell de Sono Sion, dont on n’a cessé d’entendre du bien dans les couloirs du festival.
Enfin, le Grand Prix Canal + et le Prix du Public, catégorie Court Métrage, ont tous deux récompensé l’excellent The Voice Thief, premier court métrage d’Adan Jodorowky (fils d’Alejandro Jodorowky, qu’on a d’ailleurs croisé dans les couloirs du festival lors de la projection des courts-métrage en compétition).
Et Ă la vue de ce The Voice Thief, on comprend que le talent, c’est parfois affaire de famille. Mettant en scène la toujours intrigante Asia Argento et un autre membre du clan Jodorowsky, Cristobal de son prĂ©nom, dans les rĂ´les principaux, le court mĂ©trage reprends les Ă©lĂ©ments clĂ©s de l’univers du Père : une histoire onirique et mĂ©lancolique Ă la fois, des personnages de marginaux magnifiĂ©s (des nains, travestis, Ă©clopĂ©s sont Ă nouveau de la partie), un esthĂ©tisme parlant et soignĂ©.
Prolongement de l’univers d’Alejandro donc, The Voice Thief se rĂ©vèle nĂ©anmoins une Ĺ“uvre originale et incroyablement poĂ©tique, mĂŞme si cette poĂ©sie se traduit dans la souffrance de ses personnages. Ici, une chanteuse lyrique perds sa voix sous les coups de son mari. Ce dernier, rĂ©alisant qu’il possède un pouvoir, va alors tout faire pour ramener une nouvelle voix Ă sa compagne. Sa quĂŞte de pardon dans un Paris nocturne lui permettra de s’accepter lui mĂŞme, de s’affirmer et assouvir certains dĂ©sirs inavouĂ©s.
La soirĂ©e se conclut avec Haunter, le nouveau film de Vincenzo Natali (Cube, Splice), malheureusement pas très inspirĂ©, bien que basĂ© sur un pitch pas si mauvais. Lisa est dĂ©cĂ©dĂ©e en 1986 dans des circonstances Ă©tranges, aux cĂ´tĂ©s de sa famille, après qu’ils furent tous piĂ©gĂ©s dans leur propre maison. Devenue un fantĂ´me, elle va alors tenter de protĂ©ger une jeune fille qui vient habiter dans cette mĂŞme bâtisse et qui risque de subir le mĂŞme sort…

Avec un scĂ©nario bancal et confus, voire incohĂ©rent, Haunter ennuie très vite son spectateur. La mĂŞme journĂ©e, vĂ©cue en boucle par la famille de Lisa depuis leur mort donne l’impression que le film tourne en rond. Desservi par une narration molle et prĂ©visible, ainsi que des scènes pompĂ©es ici et lĂ et clichĂ©s largement Ă©culĂ©s, Haunter ne fait jamais peur. Les scènes d’épouvante se limitent ici Ă quelques jump scares, une planche de ouija dans un grenier, une poignĂ©e de porte qui bouge et des ombres de pieds derrière ladite porte… Le casting mou et semble aussi peu convaincant que convaincu. Abigail Breslin (Little Miss Sunshine) interprète son rĂ´le assez platement et Stephen McHattie peine Ă convaincre en grand mĂ©chant du film.

Complètement has been, surtout depuis que James Wan a redonné un coup de jeune aux films de maisons hantées avec deux styles différents, dans Insidious et The Conjuring, Haunter sent le déjà -vu (et en mieux, avec Les Autres d’Amenabar notamment) et serait plutôt digne d’un téléfilm du dimanche soir que de la séance de clôture du festival…




