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Quarante deux ans aprĂšs sa premiĂšre apparition dans Adventure into Fear #19 (dĂ©cembre 1973), le canard le plus badass de l’univers Marvel revient dans une nouvelle sĂ©rie rien qu’à lui. ScĂ©narisĂ© par Chip Zdarsky et dessinĂ© par Joe Quinones, le premier numĂ©ro est sorti le 11 mars.

Synopsis: Tout droit sorti de
 de la scĂšne post-gĂ©nĂ©rique Ă  la
 la fin d’un
 film populaire
 Howard the Duck (vous pouvez toujours rĂȘver pour que je traduise par « Howard le Canard », c’est niet) est de retour ! Rejoignez le dĂ©tective privĂ© de l’univers Marvel dans des enquĂȘtes bizarres que seul un canard parlant peut rĂ©soudre (Solveig tu roxes du poney !). Laissez Chip « Sex Criminals » Zdarsky (un auteur plus connu en tant qu’artiste) et Joe Quinoes vous guider Ă  travers son nouveau monde oĂč il affronte la Chatte Noire et de mystĂ©rieuses forces venues de l’espace ! Waugh !

Personnage Ă  part dans l’univers Marvel, Howard the Duck apparaĂźt en 1973 sous la plume (de canard, donc) du gĂ©nial Steve Gerber et de Val Mayerik. DĂ©barquĂ© accidentellement sur la Terre 616 (la Terre de l’univers Marvel) depuis la dimension parallĂšle de Duckworld, un monde oĂč nos amis les palmipĂšdes ont clairement mieux rĂ©ussi que chez nous, Howard se retrouve coincĂ© et obligĂ© de vivre parmi les humains. Et c’est pas facile d’ĂȘtre un canard dans un monde peuplĂ© de singes sans poils qui parlent. Surtout un canard dĂ©pressif, cynique, malchanceux et grand fumeur de cigare.

À la maniĂšre de Dave Sim avec CĂ©rĂ©bus, Gerber entraine Howard dans des aventures rĂ©solument absurdes, profitant du dĂ©calage entre le personnage et son monde d’adoption pour donner un ton satirique et dĂ©calĂ© Ă  la sĂ©rie tout en jouant allĂšgrement avec les genres, de la fantasy au polar en passant par le rĂ©cit mĂ©taphysique et la parodie. Cette premiĂšre sĂ©rie d’Howard the Duck, dĂ©butĂ©e en 1976, est un rapide succĂšs critique mais marque Ă©galement l’histoire des comic-books en constituant l’un des premiers cas mĂ©diatisĂ©s de conflit entre Marvel et ses auteurs Ă  propos des droits des crĂ©ateurs sur leurs personnages. En 1978, Steve Gerber est dĂ©barquĂ© sans mĂ©nagement et la sĂ©rie continue jusqu’au milieu des annĂ©es 80 sous la plume de diffĂ©rents scĂ©naristes (C’est notamment Bill Mantlo, le papa de Rocket Raccoon, qui introduira le monde de Duckworld, dont Howard est supposĂ©ment issu, au grand dam de Gerber).

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Howard the Duck #22 (1978) Le canard retrouve Man-Thing pour des aventures galactiques absurdes.

La deuxiĂšme (mini) sĂ©rie consacrĂ©e au canard accro au tabac, publiĂ©e en 2001 sous le label MAX (la version explicit content du catalogue Marvel), permet Ă  Steve Gerber de reprendre la main sur son personnage d’aller encore plus loin dans le dĂ©veloppement des thĂ©matiques qui lui tiennent Ă  cƓur. Iconoclaste et sans concession, la seconde bouture des aventures d’Howard parodie encore allĂšgrement les comics, offre une critique au vitriol de rĂ©fĂ©rences de la pop culture et dĂ©nonce franchement le fondamentalisme religieux tout en gardant l’esprit de la comĂ©die satirique absurde propre Ă  la sĂ©rie.

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Howard the Duck #1 (2001) version MAX, avec des couvertures de Glenn Fabry. C’Ă©tait aut’ chose.

En 2015, que reste-t-il d’Howard the Duck ? J’avais franchement Ă©tĂ© trĂšs agrĂ©ablement surpris de voir apparaĂźtre le personnage dans la scĂšne post-gĂ©nĂ©rique des Gardiens de la Galaxie. BourrĂ©s de clins d’Ɠil et de rĂ©fĂ©rences parfois pointues Ă  l’attention des lecteurs de comics, le film de James Gunn, dont les distributeurs n’attendaient pas vraiment le succĂšs, Ă©tait un vrai travail de fan et le camĂ©o d’Howard apparaissait comme un bel hommage au personnage de Gerber (dĂ©cĂ©dĂ© en 2008). Évidemment, ça ne pouvait pas s’arrĂȘter lĂ . Par un heureux hasard de calendrier Ă©ditorial (hem), les mois suivant la sortie du film ont vu apparaĂźtre un certain nombre de sĂ©ries connexes trĂšs alĂ©atoires d’un point de vue qualitatif: Guardians of the Galaxy, Rocket Raccoon, Gamorra, Legendary Star-Lord, Guardians of the Galaxy Team-up. Une sĂ©rie rĂ©guliĂšre Groot est mĂȘme prĂ©vue Ă  partir du mois de juillet (j’ai comme un doot sur la qualitĂ© des dialogues d’ailleurs *badum tsss*).

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« That’s gross, man »

Au milieu de cette dĂ©ferlante, une nouvelle sĂ©rie Howard the Duck. Pourquoi pas. Le premier problĂšme, dĂšs la lecture du synopsis officiel, c’est que le lien est clairement Ă©tabli par Marvel entre le film des Gardiens de la Galaxie (« un film populaire », tu m’étonnes) et le personnage. Ça part mal, on sent venir Ă  toutes berzingues la sĂ©rie opportuniste parachutĂ©e pour surfer sur le tsunami commercial de produits dĂ©rivĂ©s du blockbuster estival. AprĂšs tout, comme Rocket Raccoon a rĂ©ussi Ă  sĂ©duire le public massivement, pourquoi ne pas ressortir de la naphtaline tout le reste de la mĂ©nagerie que l’éditeur conserve dans ses cartons ? En plus il apparaĂźt Ă  la fin du film celui-lĂ , alors autant en profiter. Mais ne soyons pas mauvaise langue gratuitement et voyons ce que Marvel nous a pondu (hohoho) avec ce canard aux Ɠufs d’or (hahaha).

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Howard the Duck #1 (2015) Un palmipÚde palmi nous. (Notez le subtil Groot en pot planqué derriÚre le titre)

Passons rapidement sur les dĂ©tails dĂ©sormais incontournables (mais toujours aussi dĂ©sagrĂ©ables) d’une publication Marvel : le rapport qualitĂ©/prix (3,99$ pour un fascicule imprimĂ© sur du trĂšs mauvais papier, avec une pub toute les trois pages pour seulement une trentaine de pages) est franchement mauvais, surtout par rapport Ă  ce qu’offre la concurrence. Ça n’empĂȘche pas l’éditeur de proposer, (Ă©niĂšme) numĂ©ro 1 oblige, pas moins de sept couvertures diffĂ©rentes dont l’intĂ©rĂȘt, il faut le dire, est franchement limitĂ© pour certaines d’entre elles.

La sĂ©rie est classĂ©e T+ (Teens and up), soit un contenu appropriĂ© aux « ados » de 13 ans et plus. C’est mal barrĂ© si on s’attendait Ă  retrouver l’orientation mature de la mini sĂ©rie de 2001, mais assez cohĂ©rent finalement si le but est d’attirer au maximum les jeunes fans nouvellement acquis Ă  la cause de notre canard. Le style de dessin de Joe Quinones, lĂ©ger et cartoony, se prĂȘte plutĂŽt bien Ă  cette nouvelle ligne directrice et il est dans l’ensemble loin d’ĂȘtre dĂ©sagrĂ©able. Ceci dit, c’est parfois un peu trop Ă©purĂ© et le dĂ©cor en pĂątit rĂ©guliĂšrement au profit de fonds simplement colorisĂ©s qui donnent une vague impression de vide. La colorisation de Rico Renzi, d’ailleurs, accentue cet aspect cartoon avec une palette pastel rĂ©solument flashy parfois un peu agressive pour l’Ɠil, surtout quand il s’agit de meubler toute une case, voire toute une page, avec des aplats fluo (la page oĂč Howard et Tara s’entrainent est en particulier bien douloureuse Ă  regarder tant les couleurs Ă©crasent le dessin).

Dans cette nouvelle bouture d’Howard the Duck, nous sommes censĂ©s comprendre – sans qu’on nous l’explique vraiment (sinon par l’en tĂȘte de la couverture) – qu’Howard n’est plus complĂštement paumĂ© dans le monde des hommes, mais qu’il a fini par s’y faire. Exit au passage Cleveland, la ville dans laquelle il avait majoritairement subi ses prĂ©cĂ©dentes aventures : voilĂ  notre canard bombardĂ© dĂ©tective privĂ© Ă  New York (sans qu’on sache pourquoi, d’ailleurs), ce qui l’amĂšne nĂ©cessairement Ă  ĂȘtre confrontĂ© Ă  un paquet de super-hĂ©ros bien plus populaires (et plus bankable) que lui. Soyons clair : le fait qu’Howard soit devenu un privĂ© n’a strictement aucun intĂ©rĂȘt dans l’intrigue principale, sinon pour justifier une phase de prĂ©sentation/caractĂ©risation des personnages longue et poussive qui dure pratiquement tout au long de ce premier Ă©pisode. La scĂšne d’ouverture prĂ©sente une chasse Ă  l’extraterrestre pliĂ©e en une page. Howard Ă©tant un vĂ©ritable aimant Ă  emmerdes, il paraĂźt clair d’entrĂ©e de jeu qu’il sera la prochaine cible du mystĂ©rieux chasseur Ă  peine esquissĂ© dans cette introduction expĂ©ditive. Ce qui nous amĂšne Ă  Howard, version dĂ©tective privĂ©, qu’on dĂ©couvre d’entrĂ©e de jeu en taule, en train de se faire gueuler dessus par un clodo. Le comique de situation et l’humour vaguement sarcastique seront vraisemblablement le fil rouge de cette troisiĂšme sĂ©rie, Ă  commencer par un dĂ©luge de blagues aussi subtiles qu’originales (ou pas) sur le fait qu’Howard est un CANARD. No shit, Sherlock ? On aurait pu avoir un doute si la sĂ©rie s’appelait Howard la loutre, mais lĂ , il me semble que la nature d’oiseau aquatique du hĂ©ros laisse assez peu d’incertitude au regard de la classification de Buffon. Non ? Alors un peu de pĂ©dagogie s’impose.

Un de ces animaux n’est pas un canard. Saurez-vous trouver lequel ? (Vous avez une minute)

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Ayé, vous avez trouvé?

Cela Ă©tant dit, revenons Ă  notre palmipĂšde. En tant que privĂ©, Howard manque cruellement de crĂ©dibilitĂ© (mais encore une fois on s’en fiche, ça n’a aucun intĂ©rĂȘt dans l’intrigue) ce qui, encore une fois, laisse la porte ouverte Ă  un certain nombre de blagues plus ou moins efficaces. Son nouveau mĂ©tier l’amĂšne Ă  partager le mĂȘme immeuble que le cabinet d’avocat de She-Hulk, ce qui pourrait servir Ă  quelques intrigues ultĂ©rieures si la sĂ©rie dĂ©passe les six numĂ©ros avant de se faire discrĂštement annuler par l’éditeur. Beverly, la compagne humaine d’Howard dans les deux premiĂšres sĂ©ries, a disparu pour laisser place Ă  une nouvelle venue : Tara. Sortie de taule en mĂȘme temps qu’Howard, Tara vit dans le quartier, connait les ficelles de la rue, est tatouĂ©e, porte un blouson en cuir cloutĂ© et n’a strictement aucun charisme. La scĂšne oĂč Howard l’engage pour ĂȘtre sa nouvelle sidekick est d’ailleurs proprement ridicule et on y croit pas une seule seconde (« T’es engagĂ©e, y’a pas d’argent ! » « Ok, d’accord ! Bon, c’est quoi l’étape suivante ? » 
 SĂ©rieusement ?). Mais c’est pas bien grave puisque elle non plus n’a aucun intĂ©rĂȘt dans l’intrigue principale de ce premier arc.

La premiĂšre enquĂȘte d’Howard et Tara consiste Ă  rĂ©cupĂ©rer un collier volé par Felicia Hardy, a.k.a Black Cat Ă  un autre personnage totalement creux. DĂ©guisĂ©s en livreurs de pizza (sigh), les deux hĂ©ros vont donc tenter d’aller rĂ©cupĂ©rer l’objet dans l’antre de la fĂ©line cleptomane et, lĂ  encore, l’humour ras-du-sol prend le pas sur l’action (« Les canards ont une vue deux fois supĂ©rieure Ă  celle des singes sans poils, alors crois moi, il y a une piĂšce secrĂšte lĂ  derriĂšre ! » Dafuq ?). À partir de lĂ , vous pouvez oublier l’enquĂȘte. Évidemment, FĂ©licia Hardy dĂ©barque et elle n’est pas contente. Howard et Tara arrivent Ă  s’enfuir grĂące Ă  un Deus ex machina que mĂȘme le scĂ©nario ne prend pas la peine d’expliquer (« Qu’est ce que c’était que ça ? » « On s’en fiche ! » Merci, mais nous on aurait bien voulu sav
 en fait non, on s’en tape aussi, continuez.).

Le chasseur entraperçu au dĂ©but de l’épisode dĂ©barque en force pour enlever Howard, en tant que seul et unique canard parlant de l’Univers. Et dis donc, le chasseur en fait c’est un collecteur qui roule pour
 le Collectionneur. Oh ? Le mĂȘme que dans les Gardiens de la Galaxie, le film ? Ben ouais. C’est fou. Quelle coĂŻncidence FRAPPANTE. Le scĂ©nariste aurait voulu faire un appel de pied racoleur aux nouveaux fans qu’il aurait pas fait mieux (oh, wait). ET C’EST PAS FINI parce que le cliffhanger de cet Ă©pisode, que je ne spoilerai pas par Ă©gard pour les victimes innocentes qui n’ont pas encore lu ce livre, est un chef d’Ɠuvre de twist commercial totalement parachutĂ©. Et je n’ai malheureusement aucun doute quant à la rĂ©ussite de l’entreprise.

Spiderman pleure la "disparition" d'Howard: une scĂšne aussi gĂȘnante que ridicule.
Spiderman pleure la « disparition » d’Howard: une scĂšne aussi gĂȘnante que ridicule.

Cela Ă©tant, heureusement que Steve Gerber n’est plus lĂ  pour voir ce que Marvel a fait de son personnage. Si cette nouvelle sĂ©rie prĂ©sente (quand mĂȘme) quelques qualitĂ©s qu’on espĂšre voir se dĂ©velopper avec le temps (SI elle en a le temps), elle a totalement perdu de vue la substantifique moelle de la version originelle. Politiquement correcte (Howard n’a mĂȘme plus le droit de fumer le cigare, putain, si y’avait UN attribut du personnage Ă  ne pas lui retirer c’Ă©tait bien celui lĂ !), vaguement drĂŽle mais vraiment pas mĂ©chante et surtout totalement mainstream, je ne donne pas cher des plumes de la sĂ©rie dans les prochains mois. Et ce n’est peut ĂȘtre pas plus mal, parce que je me suis dĂ©jà vraiment ennuyĂ© en lisant seulement le premier Ă©pisode. Couac.

Tags : CanardChip ZdarskyCoin coinGardiens de la GalaxyHoward the DuckJoe QuinonesMarvel comicsreviewSteve Gerber
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Gentle Geek Rédacteur Invité

Les rĂ©dacteurs invitĂ©s sont des contributeurs occasionnels de GentleGeek qui participent au site sur un sujet prĂ©cis. Le nom du rĂ©dacteur de l’acti se trouve en bas de celle-ci ;)

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