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[Reportage] Tromadance, la masterclass de Lloyd Kaufman

La première Tromadance française a eu lieu le 22 juin dernier à Paris, à l’occasion des mythiques projections Panic! Cinéma. A cette occasion, trois films du studio Troma Entertainment, chantre du cinéma indépendant depuis près de 40 ans, on été projetés. Mais ce n’était pas tout ce que cette Tromadance française avait à offrir aux fans : le clou du spectacle était sans nulle doute la présence du fondateur du studio, Lloyd Kaufman lui-même. Deux heures durant, le créateur de Toxic Avenger et de Tromaville a répondu aux questions des fans, et dévoilé quelques secrets de fabrication des films du studio. Retour sur une masterclass tromatisante !

Fort de 40 ans d’expérience dans l’industrie du cinéma, Lloyd Kaufman, symbole du cinéma underground indépendant – le cinéma « souterrain », comme il le décrit avec son si charmant accent américain – a donné quelques clés de la pérennité de Troma Entertainment à l’occasion d’une masterclass de 2 heures, organisée en marge de la projection de trois films du studio. 2 heures, ce n’est pas bien long pour aborder tous les thèmes chers à Lloyd Kaufman, et répondre par la même occasion aux questions des fans. L’homme est bavard, le public est demandeur : la masterclass s’annonce passionnante.

L’art de la survie

Lorsque Lloyd Kaufman évoque la longue durée de vie de Troma, inauguré en 1974 et toujours indépendant depuis, le créateur de Toxic Avenger ne fait pas de langue de bois : « Pour nous, c’est difficile de survivre à côté de Disney, Gaumont, Paramount… » le fondateur de Troma n’adhère pas aux pratiques des grandes majors, et ne le cache pas. Néanmoins, Troma tient bon. « Nous n’avons pas beaucoup d’argent, nous survivons grâce à Michael Herz, qui arrive à trouver de l’argent par-ci par-là, et grâce à nos fans. »

Trouver des fonds pour survivre est l’un des principaux enjeux de Troma, mais quand il s’agit de produire et de révéler de nouveaux talents du cinéma indépendant dans l’esprit du studio qui a vu naître Tromaville, Kaufman préfère perdre « un peu d’argent » avec une production à son goût, que de laisser passer cette opportunité.

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C’est également dans cet esprit fauché mais créatif que le cinéaste, son équipe et une poignée de fans de Troma ont investi Cannes lors du dernier festival, pour tourner Occupy Cannes, sorte d’écho à All the love you Cannes, tourné en 2002, et dans lequel l’esprit Troma détonne au milieu de l’industrie mainstream du cinéma. « Nous voulions voir si le festival avait changé en 10 ans » explique Kaufman. Réalisé par Charlotte Kaufman, l’une des filles de Lloyd, Occupy Cannes devrait au final montrer un festival sous haute surveillance. « La police de Cannes nous aime bien, mais pas le service de sécurité du festival » ajoute le cinéaste, qui raconte s’être frotté à plusieurs reprises à ce dernier. Refoulé à la projection d’Inside Llewyn Davis des frères Cohen, sous prétexte qu’il portait un smoking bordeau et pas noir, Lloyd Kaufman explique également qu’une mise en scène de mariage homosexuel orchestré en pleine rue par l’équipe de Troma pour promouvoir Return to Nuke’Em High, a été écourtée par la sécurité du festival.

mariage TromaOccupy Cannes, qui devrait être visible en 2014, a bénéficié d’un budget de 50.000 dollars, dont 30.000 ont été récoltés via la plateforme de financement participatif Indiegogo, et 20.000 apportés par deux producteurs. Parmi eux, le Français Nico Praz, qui explique avoir « pratiqué la technique des témoins de Jéhovah », soit être allé frapper à toutes les portes pour accumuler l’argent nécessaire à la réalisation du documentaire.

Troma et Cannes, c’est « je t’aime moi non plus« , mais il en faut vraisemblablement plus pour saper le moral de Lloyd Kaufman, qui regrette néanmoins que le cinéma underground soit mis au rebut par les médias. Un constat qui n’est pas limité à Cannes : les Etats-Unis sont également pointés du doigt. « Chez nous, je crois que c’est un crime d’être indépendant » déplore le cinéaste. « Si Jésus Christ tournait un film américain indépendant, même lui n’aurait aucune chance. » Belle image !

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Reboot et remake

Troma n’a pas résisté à la mode des reboots et autres remakes : c’est d’ailleurs à mi-chemin entre ces deux tendances que Return to Nuke’Em High se place. Cette version réactualisée d’Atomic College est, pour Kaufman, « Un retour au source du film d’origine« . Exit cependant le couple d’ados hétéro : ce sont désormais deux lesbiennes qui se retrouvent au coeur d’une histoire de tacos radioactifs, qui transforment la chorale du lycée en racailles mutantes. Un portrait au vitriol de l’Amérique, sur fond de malbouffe, de pollution et de sexualité. « Les thèmes sont d’actualité » commente le réalisateur, qui a choisi de diviser l’intrigue en deux films, à la façon de Kill Bill. « Quentin Tarantino s’est longtemps inspiré de Troma, et maintenant, c’est Troma qui s’inspire de Tarantino » s’amuse Lloyd Kaufman.

[quote_left] »La plupart des remakes sont dégueulasses »[/quote_left]A côté de ça, le cinéaste a confirmé que les droits de Toxic Avenger avaient bien été cédés en vue d’un remake du premier film. Arnold Schwarzenegger a également été approché. Le budget de cette production s’avère colossal quand on connait les poches trouées de Troma : Kaufman affirme que 100 millions de dollars ont été engagés. « Si ça se fait, Troma va recevoir de l’argent » dit-il, presque en rigolant tant cette perspective semble étonnante. Lloyd Kaufman ajoute qu’il ne fera pas partie de l’équipe de production, mais a de grands espoirs en ce film, même s’il admet que « la plupart des remakes sont dégueulasses. » Le tournage du film devrait débuter en novembre prochain.

A noter que Troma conserve les droits de la franchise Toxic Avenger : le créateur de Toxie explique d’ailleurs avoir repris à zéro le scénario du cinquième volet, qui verra bien le jour, en marge du reboot « grand public ».

Make your own damn movie!

La seconde partie de la masterclass a été consacrée à la manière dont les équipes de Troma travaillent sur les tournages. Car même si le studio est réputé pour ses films fauchés qui sentent bon la série B, le professionnalisme de Lloyd Kaufman et de ses collaborateurs ne laisse rien au hasard, et c’est pour cette raison que Troma parvient à concevoir 1h30 de film de A à Z avec parfois moins de 10.000 dollars.

[quote_right] »La tête écrasée dans Toxic Avenger, pour moi c’est du grand-guignol, mais ça a beaucoup choqué »[/quote_right]Le réalisateur explique prendre énormément de temps pour la phase de pré-production de ses films, entre 2 et 3 mois – à laquelle s’ajoute un mois de tournage en moyenne. Pour Return to Nuke’Em High, les deux actrices principales, Asta Paredes et Catherine Corcoran, sont revenues une douzaine de fois pour des auditions. « Je ne les ai pas beaucoup dirigées durant le tournage, elles ont été très bien, tout s’est fait naturellement » explique Lloyd Kaufman. La phase de casting est certes longue, mais les enjeux sont vitaux : jouer dans une production Troma signifie forcément donner de sa personne, et être dans l’esprit du studio.

Le casting, les effets spéciaux, la préparation d’un tournage à Time Square (avec une autorisation foireuse, un très grand moment) pour Terror Firmer où un monsieur avec un tout petit zizi court tout nu : autant d’aspects de la production que Kaufman a dévoilé en vidéo, agrémentant les featurettes de nombreux commentaires. Planter une carotte dans un oeil (pour de faux) et écraser une tête (pour de faux aussi), c’est simple comme aller au marché… d’ailleurs vous aurez besoin de beaucoup de melons et d’abats d’animaux, car c’est la recette secrète des effets spéciaux Troma, si gore, si beaux, si bons !

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Le condensé d’information sur la « Troma touch » donne envie de se plonger dans les livres et DVD de Kaufman, intitulée Make your own damn movie! A noter également que la chaîne YouTube de Troma propose des centaines de vidéos parmi lesquelles les coulisses de certains tournages, et même des films entiers.

Sans surprise, Lloyd Kaufman est à l’image de Troma Entertainment : délirant et monstrueusement généreux. Après deux heures à l’écouter parler et à visionner des making-of de tournages, on n’a qu’une envie : prendre une caméra et réaliser son propre film ! Si ça ce n’est pas une mission accomplie, je ne sais pas ce que c’est…

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[Interview] Lloyd Kaufman, créateur de Troma

Rencontrer l’un des piliers du cinéma indépendant américain, c’est déjà un privilège. Mais passer une heure avec lui dans le cadre d’une interview, c’est un luxe… et nous y avons eu droit à l’occasion de la venue de Lloyd Kaufman, le fondateur de Troma Entertainment, à Paris en juin dernier. Présent à la Tromadance orchestrée par Panic! Cinema, le créateur de Toxic Avenger et de Tromaville a évoqué avec nous une myriade de sujets. Entre sujets sérieux et gros délires, retour sur une interview garantie sans langue de bois !

Bonjour Lloyd ! Pourquoi avez-vous créé Troma il y a 40 ans, et comment avez-vous réussi à conserver cette indépendance pendant toutes ces années ?

Il y a 40 ans, nous avons entendu parler de GentleGeek, nous voulions imiter GentleGeek et maintenant, Troma a 40 ans, 40 ans de films qui n’ont pas réussi… Nous sommes les champions des films oubliables, des films tout à fait souterrains… Un échec. La clé pour rester indépendant, c’est d’être stupide, retardé. Sinon il faut être Steven Spielberg, Justin Bieber ou Justin Timberlake. Ils sont mainstream, eux…

Vous avez étudié à Yale, pourquoi avez-vous décidé de gâcher votre vie en créant Troma au lieu de poursuivre vos études ?

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J’ai une fille aussi qui est allée à Yale. Mais elle aussi est très stupide car elle ne veut pas être femme d’affaires, elle veut sauver le monde avec les mouvements écologistes. Elle est très idéaliste, et très stupide. Mes trois filles sont très idéalistes.

Pour vous être idéaliste c’est être stupide ?

Bien sur, c’est stupide. Kanye West, lui, il est intelligent…

On vous a vu récemment dans un court-métrage, intitulé 21st Century Barry. Dans ce film, vous avez peur de la technologie… En 40 ans de Troma, vous avez vu beaucoup d’évolutions technologiques : la VHS, le DVD, le BluRay… Est-ce qu’il y a en une qui a changé la vie de Troma ?

Quand j’étais petit, il est arrivé quelque chose d’incroyable : l’électricité… J’avais jamais vu ça ! La lumière qui arrive, oh mon dieu ! Parce que les bougies c’est dangereux…
Et après ça, pour nous, la cassette vidéo a été très importante, parce qu’avant ça Troma n’existait pas. Nous avons existé pendant 10 ans environ, mais quand la cassette vidéo est arrivée, tout le monde a pu découvrir Troma, en Russie, en Chine, partout. Je crois que pour nous ça a été le plus important. Et nous avons utilisé la VHS avant les grands studios. Et après ça, Internet. Maintenant, Internet, c’est la seule raison qui fait que nous existons. C’est le seul média démocratique, puisque l’industrie du cinéma est dirigée par les grandes corporations : Rupert Murdoch, Sony, Disney, UGC, Gaumont…

J’ai lu dans l’une de vos précédentes interviews que vous estimez que, ce qui compte le plus, c’est le temps qu’accordent les gens à Troma, et pas leur argent. Pour vous, le piratage n’est pas un problème en soi ?

Ce n’est pas pirater, pour nous, c’est partager…

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Vous pensez que le crowdfunding c’est l’avenir du cinéma indépendant, quelque part ?

Je pense, oui. Nous sommes une petite entité, mais 400 personnes, jeunes et pauvres, ont donné de l’argent pour que nous tournions Occupy Cannes. Ils n’ont rien reçu en retour, c’est seulement pour que ce film se fasse. C’est intéressant car chez nous, de grandes vedettes ont essayé de faire du crowdfunding sans réussir… quelques-uns ont réussi, comme Amanda Palmer des Dresden Dolls, elle a beaucoup de fans très fidèles. D’autres célébrités un peu « fast food », célèbres pour le moment, ont essayé sans succès, parce que leurs fans ne sont pas dévoués… et parce que ce ne sont pas de vrais artistes. Amanda Palmer est une vraie artiste, elle est très intelligente. Je n’ai jamais fait sa connaissance, mais je l’apprécie beaucoup.

Vous parlez de gens célèbres. Troma a révélé des gens qui sont devenus plus tard des célébrités, comme Kevin Costner…

Oui nous avons eu des stagiaires comme Kevin Costner ou James Gunn, qui tourne maintenant Guardians of the Galaxy… Et je vais faire un petit cameo dans Guardians of the Galaxy d’ailleurs. On a eu aussi Trey Parker et Matt Stone (les créateurs de South Park, ndlr) et nous avons de nouveaux metteurs en scène. Nous allons produire un film qui s’appelle Mutant Blast par Fernando Alle. Je ne sais pas si vous connaissez son court-métrage Banana Motherfucker, c’est rigolo, il est vraiment doué. Il est venu travailler sur Return to Nuke’em High, à New York, gratuitement, il a fait des effets spéciaux formidables, il est très gentil, très fidèle, alors nous avons décidé de produire son premier long-métrage.

Pour vous aider de jeunes artistes, ça fait partie du rôle des sociétés de productions indépendantes ?

Quand j’ai commencé mon espèce de carrière, il y avait beaucoup de petites sociétés chez nous qui découvraient de nouveaux talents. Malheureusement, il n’en reste pas beaucoup. C’est difficile de survivre parce que les lois ont beaucoup changé et favorisent les grandes corporations. Les médias, c’est un club d’élites maintenant, c’est très difficile d’y entrer et c’est pour ça que les petites sociétés crèvent. Pour Troma, c’est aberrant d’avoir 40 ans. Il n’y a pas d’autre studio indépendant qui existe depuis 40 ans. D’ailleurs c’est une honte que Troma existe. C’est la preuve que Dieu n’existe pas, sinon il écraserait Troma…

[quote_right] »Dieu n’existe pas, sinon il écraserait Troma ! »[/quote_right]En formant de jeunes réalisateurs et acteurs, est ce qu’on peut parler d’héritage Troma, qui se retrouve dans d’autres films ?

Quentin Tarantino, Peter Jackson, Takashi Miike… beaucoup de réalisateurs et de journalistes disent que Troma a beaucoup influencé le paysage de l’art, pas seulement au cinéma, mais aussi avec son esprit dada, grand-guignol. Nous sommes plus célèbres et influents que jamais mais nous sommes plus pauvres que jamais ! Il y a très peu d’argent qui rentre, et c’est grâce à mon partenaire Michael Herz, qui trouve un peu d’argent par-ci par-là… Et grâce à l’aide des fans.

A propos d’argent, il y a des rumeurs sur le fait que vous auriez vendu les droits de Toxic Avenger pour un remake hollywoodien avec Arnold Schwarzenegger…

C’est vrai, les producteurs m’ont dit qu’ils ont signé Arnold Schwarzenegger, mais je ne fais pas partie de l’équipe. Ils veulent que je joue un cameo dedans seulement. Et le réalisateur, Steven Pink, est doué, il a tourné Hot Tub Time Machine et High Fidelity, et il adore Troma, alors je pense que ce remake va être bon. Il y aussi eu une comédie musicale Toxic Avenger, qui a été présentée à New York, au Texas, à Hawaii, et c’était bon aussi. C’est le clavier de Bon Jovi, David Bryan, qui a composé la musique. Mais je n’ai eu aucun rôle de création dedans.

Et ça vous intéresserait de créer une comédie musicale à Broadway, de Poultrygeist, par exemple ?

Oui mais personne ne va me demander ça. Quand ils ont commencé à écrire la comédie musicale Toxic Avenger, ils m’ont invité à une répétition pour que je donne des conseils, mais ils n’ont même pas lu mes notes. Ils veulent faire leur propre travail, et ils ont raison, parce que c’est mainstream. C’est très amusant, les mélodies sont très sympathiques. Et c’est la première œuvre dans laquelle je suis où ma femme pouvait emmener ses amis…

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Actuellement c’est la mode des remakes. Troma avait épargné jusque là, avant Mother’s Day, et maintenant Toxic Avenger. Qu’est ce que vous pensez de cette tendance ?

Return to Nuke’em High, c’est une espèce de remake, mais ce sont les fans qui l’ont demandé, parce que Class of Nuke’em High est l’un des meilleurs films de Troma. Nous avons rencontré quelqu’un de chez Starz, qui fait partie d’une grande conglomération, très méchante, mais il est fan de Troma et nous avons signé un contrat avec eux qui nous donne une liberté totale, donc j’ai pu tourner un film d’auteur, dont la seule condition était de revenir à Nuke’em High. Au lieu de Chrissy et Warren, maintenant, c’est Chrissy et Lauren, avec une histoire romantique lesbienne. Return to Nuke’em High Volume 1 et 2 seront nos films les plus importants je crois.

On peut aussi s’attendre à voir revenir des personnages comme Sergent Kabukiman ou Toxie ?

Cela fait 4 ans que nous essayons d’écrire le 5ème Toxie, mais ce n’était pas bon et on a tout jeté et on recommence depuis le début. On avait pensé aux jumeaux Toxic, mais les fans et Michael Herz n’aimaient pas ça. J’ai trouvé un jeune homme, pas trop attardé, avec qui je vais écrire un nouveau scénario pour Toxic Avenger 5. Les jumeaux adolescents et Kabukiman vont être dedans aussi. Mais Kabukiman, il est pas correct, c’est un peu le Lindsay Lohan de Troma… Il boit, il prend de la drogue, il attaque les enfants, alors il ne peut pas être la vedette d’un film de Troma…

Les films Troma mettent en avant des personnages considérés comme marginaux par « la bonne société » et se placent toujours du côté des minorités culturelles pour prendre parti contre un certain establishment moral. C’est important pour vous ?

[quote_left] »Sgt. Kabukiman, c’est un peu le Lindsay Lohan de Troma. »[/quote_left]Oui, c’est important. D’ailleurs Tromaville, c’est une petite ville du New Jersey dans l’ombre de cette grande ville arrogante qu’est New York. Et les personnages de nos villes sont des « underdogs », comme on dit en anglais. Et c’est peut-être une des raisons de la longévité de Troma. Michael Herz et moi, nous aimons beaucoup les « underdogs ». D’ailleurs la plupart du monde est « underdog ». Tout au long de ma vie, j’ai vu les élites prendre de plus en plus de pouvoir. Et pas seulement les élites et les riches qui nous gouvernent, mais aussi ceux des syndicats, car aux Etats-Unis ils sont très riches, pendant que les ouvriers mangent de la nourriture pour chats. On vit dans un monde très dur.

Vous avez aussi mis en avant très tôt la communauté homosexuelle dans vos films… En France, on est en plein débat sur le mariage gay, et la Palme d’Or du Festival de Cannes a été donnée à une histoire avec des lesbiennes. Troma été un précurseur dans ce domaine. Comment expliquez-vous que ça ait pris autant de temps dans le cinéma plus mainstream ?

Les homosexuels, ce sont aussi des « underdogs ». Le mainstream est toujours en retard, par rapport au monde, par rapport au public. Le mainstream ne veut pas changer le monde, il veut juste gagner de l’argent. Et quelquefois le mainstream fait de très grandes erreurs, comme en Allemagne pendant la deuxième guerre mondiale. Le mainstream se trompe beaucoup.

Vous pensez que quand on veut faire du cinéma, c’est mieux de faire une école ou de se lancer tout seul et de faire des erreurs pour mieux apprendre ?

C’est une bonne question…

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Quand on lit vos livres, on a l’impression que, peu importe qui on est, on peut faire du cinéma…

Je voudrais dire aux jeunes gens que le monde de l’art a l’air fermé, car les élites ne veulent pas de concurrence. Mais je voudrais montrer que tout le monde peut être un artiste et réussir à manger et à avoir un toit. Dès que Troma a été un peu fort, Michael Herz et moi avons aidé d’autres artistes à survivre. Je joue dans beaucoup de films underground, car si je joue dedans, les fans vont acheter leur DVD, comme 21st Century Barry de David Ferino, peut-être que ça va l’aider à trouver des financements pour son prochain film. Comme Ouvert 24/7, j’ai joué dedans et je pense que ça a aidé à vendre le film chez nous, car c’est toujours plus difficile de vendre un film français sous-titré aux Etats-Unis.

Vous avez tourné en 2001 le documentaire All the love you Cannes, où vous expliquiez comment promouvoir son film à Cannes et cette année vous avez à nouveau tourné là-bas, avec Occupy Cannes. Comment voyez-vous l’évolution de Cannes ces dernières années ?

Au début je pensais réaliser ce film, mais finalement, c’est ma fille, Charlotte Kaufman, qui sera la réalisatrice…

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Et justement, qu’est ce que vous pensez de l’évolution du cinéma de genre aujourd’hui ?

Je crois que c’est meilleur que jamais. La technologie a démocratisé le tournage, n’importe qui peut tourner un film, et ça c’est formidable. Mais ce qui est dommage, c’est que la méthode de distribution est toujours sous la coupe de gens de 90 ans, Rupert Murdoch, Gaumont, UGC… Les méthodes de distribution des films ne sont pas aussi évoluées que celles de tournage, et ça c’est triste. C’est le thème du film de ma fille Charlotte. Elle est beaucoup plus positive que moi. Moi, je suis plus amer. Je voudrais détruire le mainstream. Elle, elle pense qu’on peut co-exister. Je pense que ce nouveau film va être plus intelligent, avec ma fille comme réalisatrice.

Et vos actions à Cannes ont-elles attiré les médias ?

C’est intéressant car les journalistes mainstream européens et asiatiques s’y sont beaucoup intéressés, comme la BBC, L’Express, mais pas un seul journaliste ou média américain. Rien du tout, pas un mot. Peut-être que les journalistes hors des Etats-Unis sont plus ouverts, plus courageux, ou alors les journalistes américains sont paresseux. Il n’y a pas eu un mot sur Return to Nuke’em High, alors que le cinéma était complet avec des journalistes et des fans, mais personne n’en a parlé. Tout le monde a parlé de la Palme d’Or avec son couple de lesbiennes, sans parler de mon film, qui met également en scène un couple de femmes ! Nous n’existions pas. Si les médias ignorent Troma, Troma n’existe pas.

Pourtant, il y a d’autres studios, plus médiatisés que Troma, qui aujourd’hui n’existent plus…

[quote_right] »Le festival de Cannes est plus fasciste que jamais. »[/quote_right]C’est vrai, nous avons beaucoup de chance d’avoir des fans très actifs. Le plus utile pour nous, c’est le bouche-à-oreille. Poultrygeist a eu du succès parce que les fans en ont parlé, et ça nous aide beaucoup. C’est comme Combat Shock : c’est un film Troma qui a été un grand échec au début, et au bout de 15 ans, on a réussi à le rentabiliser, grâce au bouche-à-oreille.

Vous avez tourné dans un épisode de The Angry Video Game Nerd, dans lequel vous avez joué à Toxic Crusaders. Vous jouez aux jeux vidéo ?

Non, je suis totalement ignorant, j’ai jamais joué, même pas aux jeux inspirés de Troma. Je ne sais même pas faire de montage numérique. Mais j’adore James Rofle, il est très gentil et il est fan de films d’horreur et de Troma. Et j’ai joué un petit rôle dans son film. Et nous allons le tuer dans Return to Nuke’em High, il va être tué par les jeux vidéo qu’il a insulté, par la bouche, par le cul… Ça va être intéressant…

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Comment vous choisissez les films que vous produisez ?

Pour les thèmes, ça vient des journaux que je lis, comme en ce moment cette question d’invasion dans la vie privée, avec Rupert Murdoch et le gouvernement qui écoutent les téléphones… Pour Toxic Avenger 5, ça va être le thème principal je crois. Pour Return to Nuke’em High, c’est le thème de la persécution et de la nourriture qu’on donne aux étudiants, qui les rend obèses, et aussi le thème du mariage pour tous… Mais pour d’autres films, comme celui de Fernando Alle, même si j’ai une main dans le scénario, c’est son film, il a toute liberté, du moment que nous sommes d’accord pour le scénario, il peut faire ce qu’il veut dans son film…

Et donc, si je vous soumets mon projet de double feature qui met en avant des suppositoires vivants, ça vous intéresse ?

Tu peux le mettre dans mon cul… On verra si ça me plait…

Propos recueillis par Marie, Audrey et El Nioco. Un immense merci à Lloyd Kaufman pour le temps accordé à cette interview, et merci à l’équipe de Panic! Cinema d’avoir rendu cette rencontre possible !

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[Reportage] Tromadance : 3 séances avec Lloyd Kaufman

Après avoir enthousiasmé les occupants du Nouveau Latina avec une masterclass truculente, le Festival Tromadance n’était pas encore prêt de rendre les armes. Lloyd Kaufman et Panic! Cinéma ont décidé de gâter les spectateurs avec 3 films Tromagiques : deux inédits, et un grand classique ! Autant le dire, la salle en est ressortie Tromatisée. Retour sur une journée pleine de PROUT !

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[Preview] Beyond Two Souls

L’IDEF qui se tient tous les ans à Cannes a beau être un salon B2B, il n’en reste pas moins qu’on a pu trouver des bornes de jeu – en cherchant un peu, mais il y en avait quand même ! -. Et au détour du stand de Sony, mon Saint Graal perso, Beyond Two Souls, qui sortira en octobre prochain sur PS3. Petite preview au coeur de la dernière perle de Quantic Dream.

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3 ex-employés de SNK cherchent contributeurs

Disponible depuis quelques temps, Yatagarasu fait le bonheur des fans de jeux de combats 2D sur PC. Créé à la manière d’un « Doujingame », le titre s’est développé sur 6 années avec à son actif seulement 3 personnes : des anciens employés de SNK qui ont travaillé notamment sur les King of Fighters et qui ont formé le cercle doujin PDW: Hotapen.

Toute la partie graphique (habillage des menus et de l’interface, personnages, décors, etc…) est le fruit du travail d’une seule personne : Kotani. Shiza se charge de toute la partie programmation, tandis qu’Umezono assure toute la partie gameplay et équilibre du jeu. Donc côté son… c’est la grande inconnue pour l’instant !

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La dernière mise à jour date de janvier 2013 et au lieu de passer à la version 4.4, voir la version 5, le trio a décidé de se lancer dans un projet de plus grande envergure et a mis en place un projet indiegogo pour les aider à financer ce nouvel épisode intitulé Yatagarasu Attack on Cataclysm.

68 000$ : c’est l’objectif minimum fixé pour permettre, entre autre, l’ajout de 2 nouveaux personnages, une traduction du jeu en anglais ou encore  l’ajouts de commentaires audio dynamiques en japonais par Koori Masao, qui présente notamment les tournois Tougeki au Japon. Sur la version existante, les joueurs ont droit à des réactions « trash talk » audio de Tokido, Kokujin ou KSK, des joueurs japonais de haut niveau (sur Street Fighter IV et 3.3 notamment). Les développeurs songent même à rajouter des commentaires audio en anglais en faisant aussi appelle à un commentateur connu de la scène. Les connaisseurs penseront forcément à Ultra David, James Chen, Seth Killian ou même Skisonic. En français, ils auraient sans doute pu faire appel à l’excellent Ken Bogard !

Kotaro

Le détail de l’utilisation de cet argent et les différents objectifs fixés si, par miracle, les 68 000$ étaient largement dépassés sont tous mentionnés sur la page du projet, le but étant, dans l’absolu, que les développeurs soient rémunérés. Différents cadeaux sont offerts en fonction de la somme qu’on souhaite investir, comme un artbook, une B.O. ou différents contenus digitaux.

Si l’objectif n’est pas atteint, la suite verra tout de même le jour mais prendra sans doute plus de temps à se mettre en place puisque les 3 compères se chargent de « financer » également eux-même le développement de certains aspects (graphismes, gameplay, amélioration du netcode pour le jeu en ligne, etc…).

Yatagarasu

Prévu en février 2014 pour 15$ (ou 10$ si vous décidez de soutenir le projet sans attendre la date de sortie), on souhaite forcément que le projet finisse par être totalement financé, étant donné la qualité du travail établit par ces 3 personnes qui ont développé le jeu initial sans recevoir aucun salaire jusque là.

En attendant, il est toujours possible de se procurer Yatagarasu v4.3 sur le site de rice digital pour environ 10€.

via Polygon

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[Critique] The Lords of Salem, de Rob Zombie

Après les excellents La Maison des 1000 Morts et The Devil’s Rejects et deux films de commande un peu moyens, avec un premier Halloween correct mais un deuxième assez décevant, on attendait avec impatience et curiosité le retour de Rob Zombie à la réalisation. Autant vous dire que la déception est à la mesure de l’attente, avec The Lords of Salem. Certains (comme nous) crieront au ratage total, d’autres parleront de film incompris… Toujours est-il que The Lords of Salem ne bénéficiera pas d’une sortie au cinéma en France et que la Nuit Rob Zombie du 29 juin au Gaumont Capucines sera une des rares occasions de voir le film sur grand écran chez nous…  (suite…)

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Aux yeux des vivants : premières images et synopsis officiel

Actuellement en cours de tournage, Aux yeux des vivants, le prochain film du duo Maury-Bustillo (A l’intérieur, Livide), commence à dévoiler son univers via ces premiers visuels ! Alors que les réalisateurs nous parlent d’un film situé quelques part entre Stand by me et Ça, on est curieux de savoir ce que donnera ce résultat après le très intéressant (mais passé inaperçu) Livide. Et en prime, un synopsis officiel ! Pour rappel, le film est interprété par Anne Marivin , Chloé Coulloud, Béatrice Dalle, et Francis Renaud.

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Super Smash Bros en vrai dans un clip délirant

Les jeux Nintendo semblent créer des réactions inattendues chez certains fans. En effet, les joueurs mélomanes semblent en tirer une inspiration déplacée pour créer des chansons et clips improbables voire carrément inappropriés. Après le légendaire clip de rap hyrulien hardcore façon « viens goûter ma master sword » inspiré par Zelda, voici le clip Super Smash Bros à la sauce Dirty South. SMASH !

Réalisé par la Screen Team, ce clip a la particularité de nous montrer ce que donnerait Super Smash Bros en vrai. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est sale. En tout cas, tous les personnages les plus emblématiques du panthéon Nintendo sont présents. Mention spéciale pour l’apparition phénoménale de Yoshi et de sa skill la plus fameuse… Même les persos bonus comme Solid Snake ou Sonic ont leur place dans ce clip. Le tout est agrémenté de costumes ridicules (pauvre Fox) et d’effets spéciaux pitoyables (La pokeball…). Le résultat est tout simplement grandiose.
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On a envie de rappeler ses potes pour une partie endiablée… et parasitée par la mauvaise foi. Non, Ganondorf n’est pas cheaté !

Via Nerd Approved

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