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Un développement débuté en janvier 1997, des changements de moteurs de jeux à la pelle et au moins autant de retour à la case départ pour les développeurs, un studio fermé à cause du jeu, des déboires judiciaires, une sortie repoussée d’année en année jusqu’à une annulation en bonne et due forme en 2009, puis un retour en grâce chez Gearbox Software en 2010 pour une sortie (ENFIN) en juin 2011 : Duke Nukem Forever est, à n’en pas douter, le titre vidéoludique ayant l’historique le plus rocambolesque de l’histoire du FPS, si ce n’est de l’histoire du jeu vidéo dans sa globalité. Sa sortie est, en soi, un véritable miracle pour un très grand nombre de gamers qui l’attendaient depuis 14 ans. Et avec une si longue période de développement, on pourrait se dire que le quatrième volet des aventures du Duke tient toutes ses promesses. Malheureusement, la réalité est tout autre…

Avant de mettre les pieds dans le plat, il semble judicieux de revenir quelques lignes sur l’historique de Duke Nukem Forever : en 1996 sortait sur PC Duke Nukem 3D, monument absolu du FPS ( à l’époque, on parlait encore de Doom-like) : un héros charismatique, une ambiance macho-gore de folie, des répliques qui font mouche, des environnements faisant la part belle aux passages secrets et approches multiples, des ennemis originaux et variés, bref, un must have. La fin du jeu annonce explicitement une suite qui « sortira bientôt » : il s’agit de Duke Nukem Forever, dont le développement débute en 1997.

Hey madame, tu veux que j'te prête un pull ?


La suite est aussi rocambolesque qu’inexplicable : durant plus de 10 ans, 3D Realms, studio à l’origine de Duke Nukem 3D, va alterner périodes de silence pesant et vagues de screenshots et autres trailers plus ou moins alléchants, destinés à prouver que DNF est toujours sur les rails. Durant cette phase, les développeurs vont changer plusieurs fois de moteurs de jeu, passant du moteur de Quake II à l’UnrealEngine, optant ensuite pour le moteur physique Meqon, puis passant à l’UnrealEngine 2… A chaque fois, l’équipe repart de zéro : difficile de rester dans la course alors que le jeux vidéo moderne connait une véritable révolution. Plusieurs dates de sorties sont données, en 2001, en 2007… Puis en 2009, 3D Realms annonce sa fermeture, et la mise à mort du gouffre à fric DNF. Mais le projet est repris dans la plus grande discrétion par Gearbox Software (Borderlands) qui annonce son retour en 2010, et officialise une sortie en 2011. Prévu en mai 2011, le titre est finalement sorti le 10 juin dernier. Permettez-moi de vous dire que l’avoir entre les mains m’a fait un petit quelque chose…

Nostalgie quand tu nous tiens

La grande question est donc : à quoi s’attendre face à un tel titre ? Ce qui est certain, c’est que Duke Nukem Forever joue du mythe qu’il s’est forgé. Le début du jeu met le joueur dans la peau du célèbre personnage, dans une séquence qui s’avère famillière pour toute personne ayant terminé Duke Nukem 3D puisqu’on est confronté à son boss de fin, le Cycloïde. Une fois le monstre abattu, on découvre que Duke jouait lui-même au jeu retraçant ses précédentes aventures, 12 ans après… Gros clin d’oeil au temps de développement du jeu par 3D Realms. Devenu une célébrité comme les Etats-Unis les adorent, Duke fait fantasmer toutes les femmes, signe des autographes et passe à la télé : une vie de rêve que ses anciens ennemis les aliens vont venir perturber en envahissant la Terre, et surtout en capturant les humaines les plus sexy. Et là, Duke en fait forcément une affaire personnelle.

Un tremplin d'une élégance rare. Et si seulement c'était le pire, ça irait encore…

On l’aura compris, le scénario de DNF tient sur un timbre-poste : un fait pas forcément rédhibitoire pour qui est déjà familier de l’univers décalé de Duke. Le problème, c’est que le manque de réel fil conducteur dessert vraiment la campagne : comprenez par-là que la forte majorité des chapitres s’enchaînent sans queue ni tête, sans cut-scene ni cinématique d’aucune sorte. Au mieux, un petit dialogue en vue subjective entre Duke et ses collègues de l’Earth Defense Force (EDF, oui oui) permet de se faire une idée de l’évolution de la situation. Au pire, on ne comprend pas vraiment pourquoi les évènements s’enchaînent dans un ordre vraiment bizarre. Honnêtement, mieux vaut ne pas y penser, ce n’est clairement pas le point avantageux du jeu. Le problème, c’est que ce dernier est difficile à déterminer…

J’disperse, façon puzzle…

Car, il faut l’admettre, tenter de créer un fil conducteur probant entre les différents niveaux s’avère assez difficile tant ces derniers sont disparates et n’ont rien à voir les uns avec les autres. A ce niveau-là, les 14 années de développement chaotique sautent aux yeux, et on imagine facilement que le travail de Gearbox Software a principalement consisté à créer un semblant de cohérence pour assembler les pièces du puzzle du mieux possible. Ceci explique certains passages du coq à l’âne totalement WTF, comme celui où Duke tombe dans les pommes et fait un rêve des plus fantasmagoriques, qui n’a rien à voir avec le reste du jeu. Si ce genre de digression peut s’avérer amusant, le fait est qu’il casse complètement la dynamique du titre qu’on aurait aimé plus nerveux. De même, trouver des phases d’énigmes provoque le même effet.

Le jeu cloisonne sans grande subtilité le joueur sur le chemin à suivre…

Graphiquement, si Duke Nukem Forever n’est pas profondément laid, force est de constater qu’il accuse quelques années de retard. Si les personnages et les environnements sont potables bien que limités – oubliez les passages secrets et alternatifs que Duke Nukem 3D et dites bonjour aux couloirs sans surprise – le titre accumule par ailleurs des problèmes de clipping, d’aliasing, de flou à toutes les sauces, et de baisses de framerate très agaçantes, le tout aussi bien sur PC que sur console. Vu la qualité graphique du jeu et la configuration demandée sur PC – très limitée – c’est vraiment honteux de se retrouver avec un jeu qui rame autant quand on se retrouve confronté à un nombre d’ennemis restreint.

… et j’irrite, au passage

Côté maniabilité, on précisera déjà que malgré ce qu’a pu expliquer Gearbox, aucune optimisation ne se fait ressentir sur console. Là où les FPS d’aujourd’hui font des efforts pour offrir une jouabilité agréable à la manette, DNF est un véritable calvaire au pad. Pire, certains passages demandent des sauts déjà délicats sur PC avec une souris et un clavier, alors à la manette, je vous laisse imaginer les crises de nerfs potentielles. Ajoutez à cela que seule une sauvegarde automatique est en place, et que les quicksave ne sont pas toujours judicieusement placées, et vous avez un joli combo de paramètres décourageants à certains endroits.

Autre problème de taille : le level design, absolument imbuvable dans sa grande majorité : il est assez hallucinant de ne pas savoir où aller par moment alors que le jeu se résume à une succession de couloirs. En vérité, le titre met très mal en avant certains éléments importants du décor, et ne guide absolument pas le joueur vers l’objet : aucun radar, aucune indication. Seuls quelques objets apparaissent en surbrillance, mais certains étant très petits on lutte souvent pour les trouver, en particulier quand une grande partie du niveau se fait en mode « vision nocturne » à l’instar de la Ruche.

La Reine Alien ne sait plus à quel sein se vouer. (Oui, je sais.)

Ce qui est vraiment regrettable, c’est que Duke Nukem Forever regorge d’excellentes idées, mais ces dernières sont globalement très mal exploitées. Diriger un Duke miniaturisé au volant d’une voiture téléguidée, c’est amusant 5 minutes, mais se taper un niveau entier comme ça devient vite usant… surtout pour, au final, se retaper le même niveau dans le sens inverse une fois sa taille normale retrouvée ! Il en va de même dans le niveau aquatique ou dans la partie du Monster Truck : mélanger les différents types de gameplay est intéressant, mais en en abusant trop, le jeu casse son rythme et fini par ennuyer.

Multi originalo-banal

On ne s’étendra pas trop sur le multijoueur, particulièrement limité. Si le titre intègre un fonctionnement multijoueur à base de niveaux, qui permettent de développer le manoir de Duke en achetant de nouveaux objets à la gloire de son propriétaire, les différents types de jeux sont tristes de banalité. DNF tente certes de donner un peu d’originalité aux classiques du multi qu’il propose – dans le Capture the Flag, le drapeau est remplacé par une babe, par exemple – mais on s’ennuie vite, d’autant que les parties sont limitées à 8 joueurs. Bref, on est face à un multi old school qui réussit l’exploit d’être moins fun que celui de Duke Nukem 3D. Les plus acharnés joueront le temps de débloquer les quelques trophées associés, ou bien pour avoir le plaisir d’utiliser le mythique jet-pack absent de la campagne solo… Mais passeront sans doute vite leur chemin par la suite.

Une identité en lieu et place de la qualité

Et si, au final, le seul véritable atout de Duke Nukem Forever était de faire honneur à l’esprit de la franchise ? Car il ne fait aucun doute que DNF est bourrin, vulgaire, macho, débile, violent, misogyne et même scato – le titre va jusqu’à débloquer un trophée si on ramasse une crotte au fond d’une cuvette de toilettes… En ça, le titre s’assume totalement, et n’hésite pas à aller loin, voire très loin. Egocentrique et mégalo, ce cher Duke est à l’image du jeu qu’il symbolise : totalement hors-limites.

Un mini-jeu qui résume à lui seul toute la poésie et la subtilité de Duke Nukem Forever…

Clairement, DNF n’affiche à aucun moment l’ambition d’être un jeu techniquement révolutionnaire, et se contente de proposer un contenant old school associé à un contenu bordeline en permanence, qui n’amusera certes pas tout le monde, mais auquel on ne peut pas reprocher de ne pas être fidèle à l’esprit original de la franchise. On retrouve les porcoflics, les doses massives de stéroïdes à avaler pour dérouiller toujours plus d’aliens, les strip teaseuses qui se promènent seins et fesses à l’air… Ici, pas de barre de vie mais une barre d’égo qu’il est possible de booster via des objets du décor, ou des mini-jeux – flipper, billard, punching ball… Enfin, les dialogues et l’environnement foisonnent de références et de clins d’oeil : l’armure de Doom qui apparait dans Duke Nukem 3D est ici remplacée par celle du Master Chief d’Halo, qui en prend au passage pour son grade.

Selon Duke, "les armures, c'est pour les tarlouzes". C'est facile de tacler la concurrence, mais c'est visiblement plus compliqué de faire aussi bien qu'elle…

Dans sa démarche de faire perdurer l’esprit de la série, Duke Nukem Forever est une réussite : ce simple constat poussera sans doute bon nombre de joueurs nostalgiques, dont certains attendaient le titre depuis 14 ans, à expérimenter la chose. A dire vrai, s’il ne s’agissait pas de DNF, si on lui enlevait toute sa dimension irrévérencieuse et son personnage principal, le jeu serait finalement banal, voire très mauvais. D’aucun diront qu’il s’agit d’un bel exemple de manipulation marketing, d’autre parleront simplement de nostalgie et de symbolique, de l’impression d’avoir attrapé un fantôme. C’est quand même sympa de revoir ce gros con bourrin de Duke.

Conclusion

Le constat est évident : Duke Nukem Forever n’est pas un chef d’oeuvre. Gearbox Software n’a d’ailleurs jamais prétendu sortir un hit absolu, et le fait que le jeu soit enfin dans les bacs après tant d’années est un petit miracle en soi. Si la déception est bel et bien présente, elle reste tout de même relative : car, paradoxalement, à force d’attendre la sortie de DNF, on a fini par ne plus attendre grand chose du jeu en lui-même.

On se consolera donc en soufflant un laconique « enfin » plutôt que de se lamenter à travers un triste « tout ça pour ça », même si, à maintes reprises durant le déroulement du jeu, c’est le sentiment qui prime. Duke Nukem Forever est un jeu à essayer pour son historique et sa symbolique, mais il nécessite une indulgence que les joueurs dont il n’a pas bercé l’adolescence d’une façon ou d’une autre auront sans doute du mal à éprouver. Reste qu’à 60 euros, DNF ne vaut pas le détour, il ne faut donc pas hésiter à attendre une baisse de prix pour s’y essayer.

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L'auteur

Co-fondatrice et rédac'chef de GentleGeek, je suis journaliste le jour et blogueuse la nuit - les deux ne sont pas incompatibles, non non. J'aime le cinéma, les jeux vidéo, les comics et les chats. C'est déjà pas mal !

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