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Sorti au Japon en avril dernier, El Shaddai : Ascension of the Metatron débarque enfin en Europe.Véritable star des différentes conventions de l’année dernière, le bébé de Masato Kimura, à qui l’on doit déjà le cultissime Okami, a suscité l’enthousiasme avec sa patte graphique pour le moins originale. Mais c’est sans doute son cadre scénaristique totalement inédit dans l’Histoire du jeu-vidéo – la Bible – qui a attiré l’attention des aficionados de jeux OVNI. Pour autant, les premiers échos venus du pays du Soleil Levant et de chez nous faisaient état d’un jeu-vidéo médiocre qui masque ses grosses lacunes techniques et ludiques derrière un univers atypique. Alors, El Shaddai, Messie du JV en tant qu’objet artistique ou badtrip de graphistes religieux sous acide ?

Le dernier trailer du jeu

Le premier jeu-vidéo biblique

S’inspirer de la Bible n’aurait pas été assez original pour les créateurs d’El Shaddai. Du coup, ils ont décidé de réaliser une adaptation du livre d’Henoch, obscur texte apocryphe de l’Ancien Testament. Une manière d’éviter de susciter la polémique en utilisant un ouvrage considéré comme non authentique dans la majorité des grands courants religieux actuels. El Shaddai conte l’histoire des anges déchus, autrefois serviteurs de Dieu qui ont abandonné le ciel pour succomber à la tentation et corrompre les gentils et innocents humains. Offensé, Dieu songe à purifier la Terre en déclenchant un Déluge mais décide finalement de donner une chance à l’humanité. Enoch, scribe inférieur du ciel et héros du jeu, est alors choisi pour capturer les anges renégats et sauver les siens. La trame scénaristique est forcément intrigante et présente des figures bibliques assez inattendues, comme notre compagnon de route Lucifel (!). Toutefois, El Shaddai ne se limite pas à réinterpréter l’Ancien Testament et présente d’autres surprises qui le rend si particulier.

Un ange en enfer >:

 

L’apogée de l’esthétisme pour un jeu envoutant…

La direction artistique du jeu est époustouflante. Loin de se contenter de paysages désertiques et moyen-orientaux tels qu’on aurait pu imaginer pour ce type d’univers, Ignition profite du caractère plus ou moins intemporel de l’histoire pour nous embarquer dans des environnements plus hallucinants et improbables les uns que les autres. On se retrouve dans des décors destructurés, parfois vides, avant d’explorer des espèces de villes futuristes, tout en passant par de grands moments WTF comme un niveau gloubi boulga avec des ballons. Une chose est certaine, ce jeu laisse une place majeure à la Création. Même les personnages ont un design anachronique surprenant. Enoch se balade ainsi torse nu avec un jean skinny et une armurette angélique alors que son compère Lucifel a une jolie petite chemise ceintrée, un parapluie transparent et passe son temps au téléphone. Le délire iconoclaste et fashion est illustré avec beaucoup d’autodérision dans la scène déjà culte du choix de l’armure d’Enoch. Un passage qui témoigne également de la relation plutôt ambigüe entre les deux acolytes, qui a nourri le web nippon de parodies nombreuses. Pour couronner le tout, l’ambiance est parfaitement consolidée par une bande sonore sublime,  des musiques aux bruitages. L’OST pioche ses inspirations de chants mystiques et de sonorités futuristes. Un mélange de l’OST de Silent Hill et de Zone of the Enders avec des choeurs en prime. Du grand spectacle !

La Bible vue du Japon. Ok.

 

… mais pas irréprochable techniquement.

Même si la direction artistique est remarquable, le jeu est loin d’être un modèle de modernité technique. El Shaddai souffre ainsi d’un aliasing assez important.  Les textures sont parfois pauvres et les détails des décors et des personnages sont simplissimes. Tout dépend ensuite de la définition que le joueur donne de la beauté dans un jeux-vidéo : est-ce l’inventivité artistique ou la qualité technique ? En tout cas, il semble que le parti pris d’Ignition soit de favoriser la recherche d’une originalité graphique avant tout. Le jeu pourrait presque paraître prétentieux : pourquoi s’abaisser à regarder des petites considérations techniques quand on offre une telle claque visuelle ? Il est donc clair que le jeu divisera la communauté des gamers : certains diront que c’est sublime, d’autre que c’est vide et moche. Comme quoi, dès qu’on aborde le thème de la religion, ça fait toujours débat.

Un gameplay convenu et rébarbatif

L’ambiance et les partis pris artistiques sont sans aucun doute les gros points forts d’El Shaddai. Malheureusement, à trop miser dessus, Ignition en a oublié qu’ils réalisaient un jeu vidéo et pas un film d’animation. Sans être nul, le gameplay n’est pas délirant. Le jeu propose deux phases bien distinctes. La première est une partie plate-forme offrant une vue de profil. L’objectif est de sauter pour éviter les obstacles, les ennemis et les trous : en gros, c’est Super Mario sans les tuyaux. Par contre les champis…

La deuxième phase était davantage attendue au tournant puisqu’il s’agit du beat’em all. Pour rappel,  Sawaki Takeyasu est connu pour son travail sur Devil May Cry. On s’attendait donc légitimement à quelque chose de dynamique et d’un peu innovant. Au final, nous ne disposons que d’une seule touche pour combattre, 3 pauvres armes à voler aux ennemis via une purification plus visuelle qu’autre chose et des combos tous tristes. Pas très folichon pour tataner de l’ange déchu tout ça. Les inconditionnels de Bayonetta ou de God of War seront déçus. Sorti en 1991, Street of Rage faisait aussi bien. On en revient encore à dire qu’El Shaddai est un jeu prétentieux. Ignition a tout donné pour l’univers graphique mais a complètement zappé le côté ludique, peut-être trop vulgaire, trop « enfantin » pour mériter sa place dans cette épopée biblique. Seul problème, dans « jeu-vidéo » il y a « jeu » et les vrais chefs d’oeuvre étiquetés « bijoux artistiques » proposaient un gameplay digne de ce nom, notamment à Shadow of the Colossus. Une chose est sûre, ceux qui n’adhèrent pas à l’univers du jeu passeront leur chemin.

Conclusion

Que dire sur El Shaddai : Ascension of the Metatron sans se mettre à dos la moitié des joueurs ? D’un côté, les férus d’univers originaux ou de Graphisme seront aux anges face à cette ambiance et cette direction artistique hallucinantes. Le jeu d’Ignition est un éblouissement visuel et auditif de tous les instants, un vrai jeu culte, à la seule condition d’adhérer à son univers si particulier. Si ce n’est pas le cas, on se retrouve de l’autre côté, celui des gamers qui pourront crier au scandale devant le vide que représente le gameplay du jeu. Répétitif et absolument pas innovant, il devient rédhibitoire pour les joueurs qui n’apprécient pas l’ambiance futuro-biblique. El Shaddai pourrait apparaitre alors comme un jeu prétentieux, un délire graphique pour les bobos du JV qui s’y croient. Fortement imprégné de religiosité, El Shaddai se permet l’ironie d’être un jeu qui divise. La guerre de religion des geeks peut commencer…

Disponible à partir du 8 septembre sur PS3 et Xbox 360

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L'auteur

It is not enough that I should succeed - others should fail.

2 avis

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  1. Audrey le 9 septembre 2011
    Merci pour ce test qui me donne quand même envie d'essayer ce bien curieux titre, même si je pense que son gameplay, que tu annonces rébarbatifs, ne me motivera pas à le prendre avant qu'il ne baisse de prix ! Je trouve dommage la tendance qu'ont les studios japonais à de plus en plus privilégier l'esthétique au gameplay et au plaisir de jeu. C'est vrai quoi, quand tu vois FF XIII qui est superbe mais qui a un gameplay à chier, ou encore Metal Gear Solid 4 dont les phases de jeux sont excellentes mais où tu as 40 minutes de cinématique pour 15 minutes de jeu, moi ça me motive pas.
  2. Russ Auteur le 9 septembre 2011
    Je recommande d'acheter El Shaddai car il faut encourager ce genre prise de risque. Visuellement, ça claque,et il y a une vraie innovation dans les thématiques abordées. Après le gameplay c'est du foutage de gueule, c'est clair... A mon avis, il va rapidement baisser de prix ! A ce moment là, why not ! C'est à essayer en tout cas. Pour FFXIII, je ne suis pas d'accord : le gameplay est sympa, les combats sont chouettes comme tout. Le truc chiant c'est le scénar' bof bof et l'absence de liberté. Quand tu vois Xenoblade a côté, ça rend fou d'imaginer que Square ait pu faire ça. En fait ils ont mal interprété les contestations "relatives" des fans face à FFXII, qui laissait une super grande liberté d'action. Moi perso', j'adore le XII et Xenoblade est un FF12 sans ses defauts (notamment au niveau du scénario). Pour MGS le gameplay est très bon, mais on a pas assez de temps de jeu pour en profiter :p

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