Un an après le succès de The Conjuring, Warner revient avec un spin-off dĂ©diĂ© Ă Annabelle, la poupĂ©e maudite que l’on apercevait dans le film de James Wan. Le rĂ©alisateur sino-malaisien ayant dĂ©cidĂ© dĂ©laisser le cinĂ©ma d’horreur pour Fast & Furious 7, c’est son chef opĂ©rateur attitrĂ©, John R. Leonetti, qui se colle Ă la rĂ©alisation de cette sĂ©rie B qui n’a pas d’autre ambition que de capitaliser le succès de The Conjuring.
John Form est certain d’avoir dĂ©nichĂ© le cadeau de ses rĂŞves pour sa femme Mia, qui attend un enfant. Il s’agit d’une poupĂ©e ancienne, très rare, habillĂ©e dans une robe de mariĂ©e d’un blanc immaculĂ©. Mais Mia, d’abord ravie par son cadeau, va vite dĂ©chanter. Une nuit, les membres d’une secte satanique s’introduisent dans leur maison et agressent sauvagement le couple, paniquĂ©. Et ils ne se contentent pas de faire couler le sang et de semer la terreur – ils donnent vie Ă une crĂ©ature monstrueuse, pire encore que leurs sinistres mĂ©faits, permettant aux âmes damnĂ©es de revenir sur Terre : Annabelle…
Avec le succès de The Conjuring l’an dernier, et le potentiel de la poupée Annabelle, assez flippante dans le prologue du film de James Wan, il était malheureusement logique que Warner lance une franchise Conjuring, basée sur les nombreux cas traités par les époux Warren. The Conjuring 2 n’étant prévu que pour dans un an, c’est Annabelle qui ouvre le bal de la saga, avec un spin-off entièrement dédié à la poupée maudite.
Si John R. Leonetti a fait ses preuves en tant que chef opĂ©rateur de James Wan sur Dead Silence, Death Sentence, The Conjuring et Insidious 2, mais aussi sur Piranha 3D d’Alexandre Aja, Chucky 3 ou encore The Mask, sa filmographie en tant que rĂ©alisateur n’est pas bien glorieuse (Mortal Kombat en 1997 et L’Effet Papillon 2 en 2006). Annabelle Ă©tait donc un pari risquĂ©, dont le rĂ©sultat s’avère extrĂŞmement dĂ©cevant.
Dès le début, Annabelle saute à pieds joints dans tous les écueils que The Conjuring avait su éviter. Avec une exposition longue qui ne prend pas, la faute à des personnages clichés et inintéressants (le parfait petit couple de banlieue à la Ken et Barbie version années 60), Annabelle prend le contre-pied de The Conjuring, qui réussissait à effrayer en cinq minutes dans prologue avec Annabelle, ce que Leonetti ne parvient jamais à faire en 1h38.
Le film ne dĂ©marre jamais et offre davantage de frustration que de scènes de terreur Ă ses spectateurs. Le script de Gary Dauberman, trop brouillon, aligne les idĂ©es (parfois bonnes) mais ne va jamais au bout de ce qu’il entreprend. Plusieurs pistes sont lancĂ©es ; les sectes satanistes Ă la Charles Manson, la poupĂ©e maudite, une prĂ©sence dĂ©moniaque introduite un peu tard, mais aucune d’entre elle n’est rĂ©ellement exploitĂ©e. La poupĂ©e Annabelle n’effraie jamais, avec de longs plans sur elle, oĂą l’on attend qu’elle s’anime enfin, mais le plus effrayant sera de la voir sur un rocking-chair en mouvement ou de voir une porte claquer… Les manifestations malĂ©fiques sont plus ridicules qu’effrayantes : outre les jump scares attendus, soulignĂ©s par une BO absolument pas subtile, le Malin se manifeste en allumant la machine Ă coudre, ou en faisant griller du pop-corn dans la cuisine… Deux scènes se dĂ©tachent du lot (le plan-sĂ©quence de course-poursuite dans l’escalier et la scène dans l’ascenseur), mais celles-ci sont mal exploitĂ©es et ne constituent que deux petits sursauts sympathiques au milieu d’un scĂ©nario bâclĂ© qui manque cruellement d’ambition et prĂ©fère aligner les clichĂ©s du film d’horreur.

Le manque d’implication des comĂ©diens n’aide pas. Il faut dire que le peu d’Ă©paisseur des personnages n’y est pas pour rien. On a droit Ă une galerie de clichĂ©s ambulants, du petit couple de banlieue amĂ©ricaine typique aux voisins bienveillants, en passant par le prĂŞtre moralisateur et la voisine spĂ©cialiste des sciences occultes. Sans aucune profondeur, mais en plus totalement stupides (non mais sĂ©rieux, qui dĂ©corerait la chambre de son bĂ©bĂ© avec des dizaines de poupĂ©es totalement creepy, dont une qui sort tout droit d’une scène de crime?), ceux-ci rendent impossible toute identification ou connexion Ă©motionnelle, lĂ oĂą The Conjuring rĂ©ussissait Ă rendre sa famille touchante, avec avec son casting de filles plutĂ´t rĂ©ussi et une Lily Taylor excellente tout au long du film.
Et quand le film ne sait plus dans quelle direction se tourner, il lorgne dangereusement vers le cinĂ©ma des annĂ©es 70, Rosemary’s Baby de Polanski en tĂŞte. Allant jusqu’Ă nommer ses personnages principaux avec le mĂŞme prĂ©nom que les acteurs Mia Farrow et John Cassavetes, Annabelle reprend les grandes lignes de l’intrigue de Polanski, en moins bien, Ă©videmment, et y ajoute une rĂ©fĂ©rence Ă L’Exorciste, histoire d’ĂŞtre encore plus lourdingue. Les rĂ©fĂ©rences Ă The Conjuring sont elles aussi bien matraquĂ©es, et c’est Ă double-tranchant pour Annabelle, puisqu’on ne cesse de faire la comparaison entre les deux et que le film ne tient absolument par la route par rapport Ă son aĂ®nĂ©.

Bien loin de The Conjuring, qui rĂ©ussissait Ă effrayer en 5 minutes de prologue, Annabelle Ă©choue sur toute la ligne. Pas flippant pour un sou, dĂ©pourvu de toute intensitĂ© dramatique et de toute ambition crĂ©ative, le film est une accumulation d’emprunts au cinĂ©ma d’horreur des annĂ©es 70, et Ă Insidious et Sinister, qui ne parvient jamais Ă Ă©galer ni mĂŞme toucher du doigt aucune de ses rĂ©fĂ©rences. John R. Leonetti aligne ici les clichĂ©s du cinĂ©ma d’horreur les plus Ă©culĂ©s, mise sur des personnages sans relief et une mise en scène simpliste, servie par une photographie lisse et sans âme, un comble pour un chef op Ă©mĂ©rite. BâclĂ©, d’une fadeur totale, Annabelle est tout juste digne d’un DTV, et n’augure rien de bon pour la saga The Conjuring.
Annabelle, de John R. Leonetti, sortie le 8 octobre 2014.

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