close

L’Etrange Festival présentait cette année non pas un, mais deux films de Sono Sion (sur les sept qu’il a réalisés cette année). Avec Love & Peace, le réalisateur japonais montre qu’il ne perd pas la main, et propose même un film accessible à un plus large – et plus jeune – public.

Enfant, le timide Ryoichi rêvait de devenir chanteur punk. Adulte, il est vendeur anonyme dans une multinationale, est humilié quotidiennement par son chef et ses collègues, et n’arrive pas à avouer sa flamme à la belle Yuko. Sa vie bascule lorsqu’il trouve une tortue qu’il décide d’adopter…

Après sa carte blanche lors de l’édition 2014 de l’Etrange Festival (lire notre interview de Sono Sion ici), le réalisateur japonais était à nouveau à l’honneur cette année, avec non pas un, mais deux films projetés (sur les sept qu’il a réalisés cette année !). Après Tag, c’est Love & Peace que nous avons pu découvrir, et le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré la quantité de films réalisés, le cinéma du stakhanoviste japonais ne perd pas en qualité.

Love & Peace 2 Sono Sion

Si on est tenté de comparer Sono Sion à Takeshi Miike quant au nombre impressionnant de films qu’ils alignent chaque année, la comparaison semble désormais s’arrêter là. Tandis que Miike poursuit le plus souvent dans la voie du « gros n’importe quoi fun mais un peu gratuit », comment atteste Yakuza Apocalypse présenté à l’Etrange Festival également (lire notre critique ici), Sono Sion, lui, va plus loin que son aîné.

Sous ses airs de comédie familiale, Love & Peace a donc plusieurs niveaux de lecture. Si le film est une nouvelle perle de folie, inventive et décalée, Sono Sion n’en délaisse pas moins le fond. Love & Peace part dans tous les sens, comme son personnage principal, qui passe de loser pathétique à rock star imbue d’elle-même. On passe également par le conte de Noël, en suivant le parcours de la tortue Pikadon dans les égouts. Le film change de ton et de registre sans prévenir, fait le grand écart entre Toy Story, Godzilla et même Babe 2 (pas étonnant quand on sait que Babe est le film préféré du réalisateur).

love & peace sono sion

Mais ici, rien n’est jamais gratuit comme c’est parfois le cas dans le cinéma de Miike. Tout trouve un sens chez Sono Sion. Malgré son apparente naïveté, son emballage coloré et pop et sa BO rock’n’roll, Love & Peace est bien plus sombre en réalité, et livre un constat triste et amer sur la société consumériste, le monde du travail japonais, l’aveuglement face aux JO de Tokyo 2020 présentés comme une solution miracle à la crise…

La filmographie du cinéaste est maintenant assez fournie et dense pour y glisser des clins d’œil. Sans s’auto-congratuler, Sono Sion inclut dans Love & Peace des tas de références à ses films précédents, avec notamment les thèmes de Strange Circus et de Noriko’s Dinner Table, la chanson de la pub pour le dentifrice de Why don’t you play in hell?

Le casting est une fois de plus impeccable, avec une série d’habitués des films de Sono Sion. Dans le premier rôle, Hiroki Hasegawa, déjà vu dans Why Don’t You Play In Hell?, qui livre une performance incroyable dans le rôle de Ryoichi. Totalement habité par son personnage, l’acteur incarne à la perfection la transformation physique et morale du loser devenu rock star imbuvable.

ae1e12d313ad9efd9ce4975dfd9b92841429636062_full

Love & Peace fourmille de bonnes idées, de scènes incroyables, nous étonne et nous ravit, telle une sorte de montagne russe cinématographique qui emporte son spectateur pour ne le lâcher qu’à la toute fin du film, ébouriffé par tant de folie. On ne peut que faire la comparaison avec le Miike, et sa grenouille (Yakuza Apocalypse), face à Sono Sion et sa tortue, mais la folie et l’inventivité des films de Sono Sion n’empêchent pas la maîtrise formelle et scénaristique du l’entreprise.

Au final, Love & Peace est un sans faute sur tous les plans, un numéro d’équilibriste, entre la comédie et film de kaiju (à la sauce Sono Sion), le conte de Noël et la critique sociale. Le Japonais livre encore un grand film, avec un double niveau de lecture, un mix parfait entre cinéma d’auteur et comédie grand public.

 

Tags : CritiqueEtrange FestivalEtrange Festival 2015Love & PeacePikadooooonSono Sion
Marie

Gentle Geek Marie

POUET

Commentaires