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A l’occasion de la sortie de Looper dans les salles françaises, GentleGeek a participé, en présence d’autres blogueurs, à une projection presse suivie d’une interview de Rian Johnson, le réalisateur du film. Retour sur un entretien passionnant qui nous permet d’en apprendre plus sur le film. ATTENTION, SPOILERS !

Looper, le film qui poutre en cette fin de mois ! Et qui dit film qui poutre, dit GentleGeek présent pour vous en parler ! Invités à une projection presse suivie d’une rencontre avec le réalisateur de Looper, c’est tout feu tout flamme qu’on vous raconte tout ce qui s’est dit ! Attention, l’interview est truffée de spoilers ! Il est conseillé d’avoir vu le film avant de la lire. Par contre, la critique d’Audrey sur le film, elle, elle est sans spoiler, et elle est toujours visible ici !

Animateur de cette rencontre, le journaliste Alexandre Poncelet (Mad Movies) a tout d’abord insisté sur l’une des qualités du métrage : à l’heure des remake, des reboot, et autres recopiages, Rian Johnson livre un film issu d’une idée propre. Un film qui se sert de ses influences pour créer son propre sujet et proposer sa propre vision de la boucle temporelle. Dans la salle de projection, un vent frais souffle donc dans la salle, avide de questions, et c’est avec un grand plaisir que Johnson s’est prêté au jeux des questions réponses.

Rian Johnson à répondu aux questions des blogueurs et d’Alexandre Poncelet. En arrière plan, le traducteur. (Comme quoi c’est vraiment un métier de l’ombre).

Tout d’abord, l’accent français de Bruce Willis dans le film est assez terrible…

Rian Johnson : Oui, en effet. Mes excuses à la France entière !

Quelle partie de l’histoire avez-vous trouvé en premier lieu : l’arc qui fait penser à Akira, avec l’enfant aux superpouvoirs, ou le voyage dans le temps ?

A l’origine, j’ai commencé l’écriture de ce film il y a plus de dix ans, sous forme d’un court métrage, influencé par le travail de Chris Marker sur « La jetée », et que je pensais pouvoir faire tranquillement, sans argent, et qui malheureusement n’a jamais pu être terminé.

Au début ce n’était qu’un film noir, on ne ressentait que l’influence du film noir, et huit ans plus tard, après avoir tourné Une arnaque presque parfaite, tout a commencé à prendre corps avec les passages à la ferme et le personnage joué par Emily Blunt, tous ces éléments sont venus s’ajouter.

Tout s’est tenu quand l’influence du film noir a été complétée par l’aspect très « terrien »  de cette ferme. Il y a eu comme un ying et un yang avec les deux parties du film : on a l’aspect très urbain du avec Joe et même « old Joe », Bruce Willis dans le film, et un aspect très terrien à côté de ça avec Emily Blunt et  son personnage du Midwest américain.

Souhaitiez -vous faire passer quelque chose dans le design des armes des personnages, qui ressemblent à des énormes jouets ? On a l’impression que vous prenez le prétexte de ce film pour jouer avec des jouets et faire donc une série B avant tout.

On retrouve une nouvelle fois une dichotomie dans le fait d’avoir des armes un peu comme cela. Une ambivalence entre le fait d’avoir un côté très urbain, et un côté très terrien. Ce sont globalement des armes qui existent dans la vrai vie, et qui pourtant ne le devrait pas, parce que bon, un pistolet de 50 cm de long… Ces énormes flingues, qui sont pourtant un peu des antiquités, des vieux revolver, par leur taille incarnent un peu la « masculinité », encore une fois par opposition à la campagne et par opposition au côté maternel du personnage féminin. C’est l’affirmation de leur virilité. J’espère ne pas trop vous ennuyer, ne pas trop casser l’expérience du film. Je ne veux pas avoir l’air prétentieux dans ces explications, car, j’en parlais avec Joseph Gordon-Levitt au début du tournage, je voulais vraiment que le film fonctionne  comme tel, soit une ballade pour vous, une ballade dans des montagnes russes, un vrai spectacle. Et il y a une vrai humilité qui était au départ du film.

Quand on voit Clones – où Bruce Willis se joue lui même jeune grâce aux effets numériques, pourquoi avoir fait le choix de prendre un acteur plus jeune, ici Joseph Gordon-Levitt, et de le maquiller plutôt que d’avoir recours aux effets spéciaux ?

Je ne pense pas que les effets spéciaux appliqués au visage fonctionnent, soient du meilleur effet. En tout cas pour l’instant. C’est un peu le Saint-Graal des effets spéciaux. Et compte tenu aussi du budget limité que j’avais sur ce film, j’ai aussi préféré aller directement vers du maquillage.

En parlant de budget, justement, on a énormément de films aujourd’hui qui soit coutent 5 millions dollars, soit 100 millions, et pas grand chose entre les deux. C’est difficile d’arriver à avoir ce type de budget (30 millions de dollars pour Looper, ndlr) ?

Je pense que cette idée de « gap » entre budget modeste et blockbuster est un peu une idée reçue, en fait. Le budget moyen se développe de plus en plus via la manière dont sont commercialisés les films : vous récupérez d’abord votre script, puis quand vous réussissez à y attacher un certain nombre d’acteurs, avec une certaine reconnaissance, vous vendez le film à l’étranger. Et in fine, le distributeur américain va combler le gap budgétaire entre le film à 5 millions et celui à 100 millions.  C’est un modèle qui se développe de plus en plus.

En ayant un script légitime et des acteurs légitimes, cela vous permet d’avoir une légitimité sur le marché des ventes, ce qui permet parfois de faire passer au nez et à la barbe des producteurs certaines idées car ils ne lisent pas toujours les scripts. C’est très particulier au film de genre. Un film de science-fiction avec Bruce Willis, , c’est très facilement identifiable et donc très facilement marketable, vendable. Ça me permet donc de gagner un peu plus de liberté car au final, je ne pense même pas que les producteurs aient lu le script, tout ce qu’ils ont vu c’est « un film de science-fiction avec Bruce Willis« .

Justement, en parlant des acteurs, était-ce difficile de convaincre Joseph Gordon-Levitt, qui monte, qui monte, et Bruce Willis, de jouer dans votre film ?

Jospeh, je n’ai pas vraiment eu besoin de le convaincre, en fait. Nous sommes restés très bons amis depuis que nous avons tourné mon premier film, Brick, ensemble. C’est actuellement l’un de mes plus proches amis, et j’ai pas mal pensé à lui en écrivant ce film aussi. Donc non, je n’ai eu aucun mal à l’embarquer la dedans.

Bruce, je pensais que ça serait plus difficile. Quand on élaborait le casting, Bruce apparaissait en tête des acteurs qui pouvaient convenir pour le rôle, et aussi en terme de notoriété et de profil d’âge. Je lui ai envoyé le script, mais sans grand espoir, je me disais que jamais il n’accepterait, mais qu’il fallait quand même essayer. Et  très rapidement, en quelques jours, il a dit oui. Un oui très rapide. Alors nous avons déjeuné ensemble, et au cours de ce déjeuner, je m’attendais à ce qu’il dise « je le fait, mais il est hors de question que je tue un gosse, que je fasse ceci ou cela« . En réalité, rien de tout cela n’est arrivé, il n’a jamais remis en cause son personnage ou ce qu’on attendait de lui, il était totalement et à 100% dedans.

Il y a une dynamique très intéressante entre les 2 personnages : chacun peut avoir raison, chacun peut avoir tort tout au long du film. Une ligne très ambigüe qui rappelle le cinéma de William Friedkin.

Je voulais que la tension du film repose sur l’ambigüité morale des choix des deux personnages,  mais aussi sur l’histoire en elle-même. Donc je voulais jouer avec la position du public, à la fois par rapport à l’action, c’est à dire que le spectateur soit pris dans l’action qui lui est présentée, et en même temps qu’il soit pris par le dilemme moral : qui ai-je envie de voir tuer l’autre, qui ai-je vraiment envie de voir « gagner » ? C’est quelque chose qu’Hitchcock fait très bien dans ses films, et que j’ai voulu reproduire sur Looper.

Quel concept est apparu le premier entre le voyage temporel et la chasse entre deux homme ?

Et bien concernant le voyage dans le temps, j’ai toujours été anxieux que les gens prennent la scène dans le Diner où Bruce Willis dit qu’ils ne vont pas commencer à disserter sur le voyage dans le temps comme une excuse pour ne rien expliquer et ne pas me prendre les pieds dans mon propre tapis. En écrivant le film, j’ai élaboré tout un tas de règles et de principes relatifs au voyage dans le temps tel qu’il est abordé dans le film et que je me suis efforcé à respecter tout au long de l’écriture et du tournage ensuite.

Mais je voulais aussi que le spectateur vive l’histoire au travers des yeux de leurs personnages, mais ces personnages subissent les règles de ce voyage temporel, ils ne les créent pas, ne les connaissent pas ou ne les comprennent pas. Je ne voulais donc pas rentrer dans un côté trop didactique du film, qui expliquait ces règles, mais au contraire rester au plus près des personnages, qui ne sauraient pas les expliquer.

En fait, après avoir mis en place ces « règles » du voyage dans le temps, je me suis réellement libéré pour écrire le film quand j’ai réalisé que le voyage dans le temps n’était pas un concept de science-fiction, mais qu’il relève de l’imaginaire, de la fantasy. C’est comme un dragon ou une licorne ! Et donc, le but n’était pas de convaincre le spectateur de la viabilité ou de la véracité de ces règles d’un point de vue scientifique, mais que, l’espace de 2 heures, le temps d’un film, le spectateur accepte l’histoire et ses personnages, s’y raccroche et admette comme partie de l’univers cette conception du voyage dans le temps. Ça a donc été très libérateur, car à partir du moment où on réalise que ce n’est pas un concept scientifique, il n’y a pas réellement à l’expliquer puisque personne ne le peut.

C’est la première fois, en tout cas je pense, que l’on traite dans un tel film, des pensées changeantes des personnages. C’est à dire que les personnages ne sont pas montrés comme des personnes figées mais des potentiels de personnes qui peuvent évoluer.

C’est un peu dangereux ou prétentieux en science-fiction de dire « j’ai été le premier à faire ça », car il y a toujours quelqu’un pour vous dire « et bien non il y a un court métrage qui date de 1926 et qui montrait cela très très bien… » (rires).

Maintenant je trouvais cela amusant de jouer sur le côté physique du voyage dans le temps autant que sur le côté psychologique dans une façon un peu plus déstructurée et montrer que le voyage dans le temps peut affecter les personnages dans leur façon de penser plus que dans le physique uniquement.

Dans une scène, Bruce Willis ne se fait pas tuer, immédiatement après, la même scène est rejouée, mais il se fait tuer. Mais on n’a pas vraiment d’explication : est-ce que c’est une façon de compliquer le récit, ou est-ce une manière de laisser penser que toutes les options sont possibles, que laisser les choses en suspens est mieux pour le spectateur ?

En fait non, mon intention était bien de mettre ces deux passages l’un derrière l’autre pour certes, désorienter un peu le spectateur, mais après, très rapidement, on comprend le pourquoi du comment, simplement, ce n’est pas abordé de façon chronologique.

Dans une timeline classique, on verrait le jeune Joe devenir un looper, faire son job jusqu’au moment où il « ferme sa boucle » en tuant son vieux lui, puis on suit son évolution où il devient le « old Joe » et la il revient, ne se fait pas tuer car il se rebelle. Mais je ne l’ai pas fait tel quel, car si cela avait été le cas, « old Joe » aurait été le protagoniste principal du film. A partir de ce moment, on aurait suivi le Joe âgé, et on le suivrait tout au long du film.

Mais je voulais que l’on suive avant tout le Joe « jeune ». Donc on commence avec le point de vue du jeune Joe, puis on coupe, on revient et on voit les choses du point de vue du vieux Joe et ce qui motive sa rébellion avant de revenir sur le jeune Joe. C’est une question de point de vue, de parti pris, et ça évitait aussi un côté un peu trop didactique au film.

Dans Lost, il ya la théorie que quoi que l’on fasse, ce qui doit arriver arrive. Dans la timeline de Bruce Willis, le Rainmaker voit sa mère mourir, et c’est pourquoi il devient le Rainmaker. Or, pendant la timeline de Joseph Gordon-Levitt, il se tue lui même pour empêcher Bruce Willis de le tuer.

Donc votre question… Vous demandez en fait… Comment le Rainmaker a-t-il pu le devenir ?

Oui.

Ok, je pense avoir compris la question.  Bon tout d’abord la réponse facile : « moi aussi j’aime Lost ». Telle que je la comprends, corrigez-moi si je me trompe, vous dites qu’il y a un paradoxe car si Bruce Willis reviens et créé le Rainmaker en tuant la mère du petit garçon, pourquoi le Rainmaker existait-il déja avant dans la timeline de Bruce Willis avant qu’il ne revienne ?

Ma réponse est donc : Bruce Willis qui revient et tue Sarah créé le Rainmaker dans cette timeline la. Mais dans la timeline où Joe ne rencontrera jamais Sarah, et ne reviendrait pas, regardez quelle est la nature de la relation entre Sarah et Cid quand on les rencontre pour la première fois.

La naissance du Rainmaker peut ne pas seulement être perçue par le fait que Bruce Willis tue Sarah, ça peut aussi être perçu par la situation dans laquelle on les trouve lorsqu’on les découvre dans le film, leur relation est vraiment très tendue, très mauvaise. Ici, ce qui fait changer les choses, c’est l’influence positive de Joseph Gordon-Levitt, mais il est tout à fait possible que dans une timeline où Joseph Gordon-Levitt n’aurait jamais croisé la route de Sarah, rien n’empêche que le Rainmaker ne puisse exister quand même. Faute de cette influence positive, il aurait très bien pu devenir le Rainmaker à cause de la tension qui existe entre lui et sa mère, toute vivante qu’elle fût.

Je suis un peu perplexe par votre explication, car Bruce Willis, à la fin du film, commence à expliquer à Joe que la boucle est inévitable, inéluctable, quoi qu’ils fassent, la boucle va se compléter…

Et bien, ma réponse courte serait : Bruce Willis à tort. A ce moment, c’est le point de vue de Bruce Willis sur la question. Et plus que d’avoir tort, quelque part, il cherche intentionnellement à induire Joe en erreur, car son seul but, c’est de tuer le Rainmaker, pour qu’il puisse retourner auprès de sa femme. C’est son but, ce pourquoi il fait tout ça. La vérité, c’est qu’il ne sait pas du tout comment fonctionne le voyage dans le temps. Son discours n’est que le point de vue du personnage de Bruce Willis, c’est son interprétation selon ses propres intérêts qu’il sert comme cela afin de pouvoir arriver à ses fins.

A la fin du film, il se rend compte qu’il a tort, et que toutes ses explications ne tiennent pas la route, et on peut voir le doute dans ses yeux au moment où tout s’évapore.

Rian Johnson et Joseph Gordon-Levitt sur le tournage de Looper.

Sur un tout autre sujet, la vision du futur, très noir, très décadent que vous présentez, était-elle imaginée telle quelle dès l’origine du scénario ? Et aussi, merci de nous avoir rendu un Bruce Willis qu’on aime !

C’était prévu dès le départ, et c’est très intéressant de vous voir réagir à ce sujet, car je pense que ce qui nous touche c’est que ce monde nous rappelle nos peurs les plus primaires, les plus ancrées, mais c’est surtout une manière de justifier le côté très égocentrique et égoïste du personnage de Joseph Gordon-Levitt, qui est comme Rick dans Casablanca. Il ne se mettra jamais en danger pour quelqu’un d’autre que lui.

Et c’est cet aspect qui est très important dans le film, passer d’un personnage qui est très égoïste,  à un personnage qui va faire le choix le plus désintéressé possible. Cette façon de le faire évoluer dans un monde très noir et très dur était la meilleure façon de justifier de son caractère égoïste.

Je voulais revenir sur cette scène, peut être l’une des plus tordues et incroyables que j’ai vue cette année : la mort de Seth… Êtes-vous fou ?

Oui je suis fou (rires) !

C’était avant tout un plaisir d’écriture, le fait de pouvoir matérialiser l’une des règles du voyage dans le temps que je m’étais dictée, c’est à dire que ce qui arrive physiquement à la personne jeune se répercute sur la personne âgée. Plutôt que de prendre un tableau noir et de l’expliquer par du texte, c’était la meilleure façon de le rendre : faire une scène très visuelle, qui fasse que le spectateur se recroqueville dans son siège.

Ca n’a pas été dur de faire passer cette scène à la MPAA (organe chargé de la classification des films aux Etats-Unis), de ne pas avoir de censure ?

Bizarrement, nous n’avons eu aucun problème avec la MPAA, peut être parce qu’il n’y a pas une seule goutte de sang pendant ce passage. Quelque part, cela a été très utile que la MPAA soie si premier degré, obtue. On les a pris à leur propre jeu, car ils ne tiennent pas compte de l’implication que procure cette scène. Nous avons proposé quelque chose de très violent, mais comme il n’y a pas une seule goutte de sang versée, etc. C’est passé comme une lettre à la poste !

L’enfant qui joue Sid dans le film est vraiment terrifiant… Comment l’avez-vous casté ?

L’enfant a été casté à Atlanta, nous avions passé une annonce à laquelle il a répondu. Et contrairement à la plupart des enfants qu’on trouve sur les plateaux de cinéma, avec qui on doit, enregistrer ligne de dialogue par ligne de dialogue,  et où il faut recommencer chaque réplique plein de fois, lui sortait des dialogues de 3 pages avec Emily Blunt ou Jospeh Gordon-Levitt. Il rentrait tout du premier coup, on lui faisait deux ou trois notes, il recommençait en ajustant son jeu, et au bout de la troisième prise de dialogue de trois pages, on avait ce qu’il fallait, et en plus comme il n’a que 5 ans il commençait à s’impatienter au bout de la troisième prise. Donc tout ce que vous voyez à l’écran n’est que le résultat de deux ou trois prises.

Le fait qu’un enfant de 5 ans, non seulement réussisse à réciter son texte, mais en plus regarde dans les yeux l’acteur qui est en face de lui réciter son texte… On sent qu’il s’inspire, qu’il prend toute l’expérience de l’acteur au travers du jeu de ses camarades. J’y vois le signe des grands grands acteurs.

En parlant de l’enfant, êtes vous fan de Akira, de Katsuhiro Otomo ?

Oui ! Cela se voit dans le film, le travail d’Otomo a une grande influence dans le film, en tout cas dans sa seconde moitié. Et pas seulement Akira, que j’adore, mais aussi sa nouvelle Domu ! Il a fait ce travail avant Akira et d’un point de vue graphique, Domu a été une grosse grosse influence pour Looper. Je l’avais lu au tout début de mes années facs, et 20 ans plus tard, tout cet univers est vraiment resté avec moi et je l’ai réutilisé dans le film.

Le film a-t-il été modifié entre le script et la version finale ? Y’a-t-il de grandes différences ?

Pas vraiment en fait. Alors si, il y a environ 45 minutes de scènes coupées, que vous trouverez probablement dans le DVD, et même si prises individuellement certaines de ces scènes font partie de celles que j’ai le plus aimé tourner.

Mais je ne pense pas que ces scènes, leur absence ou leur présence, change fondamentalement le récit. Je voulais avant tout épurer au maximum les choses et arriver au cœur de l’histoire, et donc je pense être parvenu à coller le plus fidèlement possible à ce que j’avais écrit pour le rendre sur l’écran.

On entend à plusieurs reprises des personnages dire à Joseph Gordon-Levitt : « ne va pas en France ». Mais que nous arrive-t-il dans le futur ?

A l’origine, tout ce qui se passe à Shanghai dans le film se passait en France, à l’identique. Le problème, c’est que nous n’avions pas assez de moyens pour aller tourner à Paris. Et Bruce Willis parlait vraiment trop mal le français… (rires).

Un temps, nous avions envisagé reconstituer en studio avec des effets numérique Paris à la Nouvelle-Orléans, là où la majorité du tournage a eu lieu, mais Paris étant une de mes villes préférées au monde, je n’arrivais pas à me faire à l’idée de rajouter une Tour Eiffel numérique.

C’est alors que notre distributeur chinois est entré dans la partie en nous disant « écoutez, si cela fait toujours sens et que ça ne vous fait rien changer dans le script, vous pouvez éventuellement venir tourner à Shanghai, nous paierons tous les déplacements. » J’y ai mûrement réfléchi, et je pensais aussi à ces autres films de science-fiction qui ont pu m’influencer, tel Blade Runner,  le fait de proposer un panorama du futur lointain dans le cadre de l’Asie, ça a pris sens très rapidement.

Mais le 21 décembre 2012 je serais ici à Paris pour faire la fête !

Bien que l’interview soit terminée, le réalisateur a pris le temps de répondre aux dernières sollicitations de son audience du jour.

Parlons un peu de la mise en scène, il y a un vrai travail dans l’image et le son, un côté ludique. Et par rapport à tout ce que l’on disait sur les deux aspects du film (rural/urbain), est-ce qu’il y avait une ligne directrice pour illustrer cette dichotomie entre ces deux parties ? De plus, le film a coûté 30 millions de dollars, mais il me semble en couter trois fois plus. Comment on fait pour que ça ressemble à un film de 100 millions ? Bruce Willis a accepté de travailler gratuitement ?

Non, Bruce a demandé son salaire ! (Rires).

Non, j’ai commencé à faire des films alors que j’étais ado, avec une petite caméra. Pour moi, c’est la où j’ai appris la majorité de ce que je sais sur le tournage, car tout n’était qu’expérimentation. Quand on est jeune, on meurt d’envie de faire certaines choses, on les fait et on se plante, alors on a encore plus envie de recommencer et d’améliorer. C’est comme cela que je faisais mes films, que j’en ai tiré ma conception des films : quand tu fais un film de cette façon, il n’y a pas d’un côté l’écriture, de l’autre le tournage, la direction, etc. Il y a juste « faire un film », et j’ai gardé ce processus de travail aujourd’hui.

Quand je fais un film, je ne vois pas d’étapes séparées. Pendant que j’écris une scène, je réfléchis déjà où je vais placer ma caméra, je la visualise, j’essaie de voir ce qui peut fonctionner, quels sons peuvent y être associé. J’ai une vision un peu plus globale, et donc je prends un peu d’avance par rapport à tous les aspects de la réalisation d’un film.

Et donc ces plans incroyables quand Joe tombe de l’échelle, ou la fusillade dans le Diner, avec le travelling, tout cela était prévu, designé dès l’écriture ?

Certaines des scènes ont été pensées dès l’écriture, mais d’autres non. A la fin de l’écriture du scénario, j’élabore un story-board, je le dessine moi-même mais bon c’est assez vilain, vous savez (rires). Cela me permet d’imager tout ce que j’ai dans la tête, et me permet d’avoir une autre approche, plus visuelle, de mon scénario et de ce que je veux faire. Certains se plaignent de la façon dont Scorsese fait ses films, du fait que l’on sente que la caméra est porté par un homme, caméra au poing, etc. Mais justement ce qu’il fait me touche beaucoup car c’est dans ces mouvements de caméra, aussi grossier ou extrême ils peuvent sembler à certains, qu’il arrive à aller au bout de ce qu’il voulait faire et transmettre l’émotion qu’il voulait transmettre à ce moment là, dans cette scène là. Ce sont des mouvements de caméra qui sont peut être un peu exagérés, mais qui servent une issue qui est de toucher le spectateur et faire comprendre ce qu’on a voulu faire. Je trouve cela beaucoup plus intéressant qu’une caméra un peu variétoche qui bouge, comme ça, au gré du vent.

Pouvez-vous nous parler de votre relation avec Joseph Gordon-Levitt ?

[Rian Johnson parle en français] Well, je t’aime, Joseph Gordon-Levitt !

Dans Brick, il n’était pas encore très connu, sa notoriété a-t-elle changé quelque chose pour vos rapports dans ce film ?

C’est très dur pour moi de répondre à cela, car nous sommes restés des amis très proche depuis Brick. Et si Joseph a changé depuis Brick, moi aussi j’ai beaucoup changé dans ma façon de voir les choses et physiquement. Au delà de toute considération purement physique ou de notoriété,  j’apprécie énormément le processus créatif que nous avons ensemble, dans le sens où je me sens vraiment soutenu. C’est un peu comme quand on fait des choses en famille qu’on ne ferait pas ailleurs. Et plus que physique, sa présence psychologique, son soutien m’apporte beaucoup.

Merci beaucoup Rian Johnson !

Looper, de Rian Johnson, avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt, Paul Dano. Sortie le 31 octobre 2012. Lire la critique de Gentlegeek.

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