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Diffusée en mars dernier sur la chaîne anglaise BBC3, la mini-série In The Flesh nous propose une histoire de zombies originale : l’invasion de morts-vivants a été maîtrisée, un remède a été trouvé, et les zombies, une fois traités, peuvent retourner chez eux pour tenter de reprendre une vie normale…

Si ces dernières années le cinéma de genre et d’horreur nous a servi bon nombre de remakes et de suites sans saveur ni originalité, certains auteurs essaient d’innover. C’est le parti pris par la BBC et Dominic Mitchell, choisi dans le cadre du programme de la chaîne anglaise pour dénicher de jeunes talents, BBC Writersroom.

In The Flesh, mini-série en 3 épisodes diffusée sur BBC3, a choisi un angle assez inédit. Au lieu de nous dépeindre un monde post-apocalyptique infesté de zombies dans lequel les survivants tentent de ne pas finir déchiquetés par les morts-vivants, la série s’intéresse à « l’après ».

Les morts se sont inexplicablement réveillés, l’invasion a été maîtrisée et les zombies soignés. Ceux-ci peuvent désormais rentrer chez eux et se réintégrer dans la société, tout en suivant un traitement médical pour ne pas rechuter et redevenir un zombie assoiffé de sang. On assiste ainsi au retour de Kieren dans sa famille qui vit dans le petit village anglais de Roarton, quatre ans après son suicide…

Kieren, partiellement décédé...

Kieren, partiellement décédé…

 

Ici, on ne dit pas « zombie » mais « Partially Deaceased Syndrom Sufferer » (Syndrome des Personnes Partiellement Décédées), c’est plus politiquement correct. Alors que le gouvernement tente de réintégrer les personnes partiellement décédées, la Human Volunteer Force, une milice composée de citoyens ayant participé à l’éradication de zombies pendant l’invasion, s’oppose à leur retour et s’organise pour gérer le problème à sa manière…

 

Enfin un peu de sang neuf

La série hérissera certainement le poil des amateurs gores et de « vrais » zombies… In The Flesh injecte un peu de sang neuf dans le genre, car ici, pas d’hémoglobine par hectolitres… Au contraire, à part quelques scènes de flashbacks du dernier repas de Kieren lorsqu’il était encore un zombie, la série est plutôt avare en sang et en viscères… Ce qui n’est pas plus mal.

Dès le premier épisode, In The Flesh offre une série de nouvelles situations liées à cette condition assez inédite du zombie en pleine réadaptation, avec ses troubles physiques et mentaux, son accueil par les vivants, autant par sa famille que par les voisins…

Kieren n'a plus besoin de s'alimenter, mais participe aux repas, pour faire plaisir à sa mère...

Kieren n’a plus besoin de s’alimenter, mais participe aux repas, pour faire plaisir à sa mère…

 

Le centre de traitement des zombies, et ce qui arrive à l’ami de Kieren là-bas, le site internet dont il lui donne l’adresse, sont autant de bonnes trouvailles qui viennent apporter un peu de nouveauté au genre. Le traitement des zombies est nouveau lui aussi : à leur sortie du centre, les personnes souffrant du PDS sont rendues à leurs familles, livrées avec une injection à leur administrer tous les jours, assortie de lentilles de contact (afin de cacher leurs yeux morts) et de quelques pots de fond de teint pour camoufler leur teint blafard… Une infirmière passe de temps chez eux, afin d’assurer un suivi, et une hotline est disponible 24/24h en cas de problème.

Les flashbacks de Kieren sont intéressants eux aussi, notamment lors d’une scène où son père le cache dans un placard, ce qui lui rappelle la sensation éprouvée lors de son réveil et de sa sortie du cercueil… 

 

Un drame psychologique et social

La famille de Kieren est assez touchante et juste, excepté sa sœur Jem, personnage un peu caricatural et pas très bien interprété. Alors que celle-ci fait partie de la HVF et rejette son zombie de frère, ses parents tentent maladroitement de se réadapter à ce fils dont ils ont eu tant de mal à faire le deuil… A la fois heureux et désarçonnés par ce retour imprévu, ils ne savent comment réagir. L’ambiguïté de la nouvelle relation de la famille, avec tout ce qu’implique le suicide de Kieren et les sentiments contradictoires de ses parents et de sa soeur à son encontre, semble très juste et fonctionne très bien.

Luke Newberry incarne parfaitement son personnage, dans toute sa complexité, entre déchirement familial et mental, tiraillé entre la deuxième chance que représente cette nouvelle vie et le fardeau de revenir à une existence dont il ne voulait déjà plus…

Petit flashback du dernier repas de Kieren zombie...

Petit flashback du dernier repas de Kieren zombie…

 

In The Flesh amène aussi une série de questionnements éthiques autour de la condition des zombies réintégrés. Hanté par son dernier repas de zombie (Lisa, une fille de son village qu’il a grignotée dans le supermarché du coin), Kieren essaie d’assumer cet épisode, aidé par des séances de thérapie de groupe qui tentent de le déculpabiliser – les personnes partiellement décédées ne sont pas responsables de leurs actes commis lorsqu’elles étaient des zombies, elles devaient se nourrir pour survivre, etc… La rencontre entre Kieren et les parents de Lisa est aussi intéressante car elle donne l’occasion d’une scène originale et touchante…

Mais malgré le discours officiel du gouvernement, qui a décidé le retour et la réintégration des zombies à grands renforts d’amendements et de campagnes de pub, les gens ne sont pas prêts. Dans le village, le prêtre monte les paroissiens contre le retour des morts-vivants. Jusqu’à ce que Rick, ancien petit-ami de Kieren et fils de Bill, un des leaders de la HVF, revienne d’Afghanistan, lui aussi sous la forme d’un zombie traité… Comment Bill, qui a passé des mois à éliminer des zombies, accueillera-t-il son fils souffrant du PDS ?

 

Une parabole sur la différence et l’acceptation de l’autre

Au final, la question du zombie devient vite secondaire, car au-delà de l’acceptation du retour des morts-vivants soignés, c’est de l’acceptation de l’autre et de ses différences que traite In The Flesh. Car le retour de Kieren dans son village a pour lui un goût de déjà-vu. Après avoir été mis à l’écart en raison de son homosexualité, avant son suicide, il l’est de nouveau, car cette fois il est un zombie… Il doit vivre caché dans la maison, de peur que la HVF,  qui organise des « ratonnades » de zombies, ne lui tombe dessus… Triste écho de l’actualité, qui tombe terriblement à point…

Une seconde chance pour Kieren et Rick, qui se retrouvent après leur mort...

Une seconde chance pour Kieren et Rick, qui se retrouvent après leur mort…

 

Rick quant à lui n’a su assumer son homosexualité avant sa mort. A son retour, celui-ci se retrouve une nouvelle fois sous l’emprise d’un père conservateur et intolérant, qui refuser de voir qui est véritablement son fils. Dans cette nouvelle vie comme dans l’autre, il est encore confronté au dilemme suivant : se conformer aux idées de son père ou assumer qui il est vraiment. Fera-t-il le bon choix cette fois ?

Amy, l’amie de Kieren, tente une toute autre approche et prône le « zombie pride ». Elle s’affiche sans lentilles de contact ni fond de teint, fière de sa différence. La suite des événements prouveront que l’entente est impossible. Lorsque celle-ci est agressée et humiliée chez elle par un membre de la HVF, on comprend que l’entente et la cohabitation son impossibles. Son départ marque la fin de la légèreté et de l’insouciance, la fin de l’optimisme et de l’espoir. Après cet événement, le dernier épisode monte alors en puissance jusqu’au drame final…

Amy, zombie au naturel...

Amy, zombie au naturel…

Une série bien trop courte

On ne peut que regretter le format court de la série, avec seulement trois épisodes, qui fait l’impasse sur certains aspects de l’histoire et n’en donne pas toutes les clés. Si le sort de certains personnages est réglé, qu’advient-il d’Amy ? Quid du front de libération des zombies à peine évoqué ?

La psychologie des personnages est aussi parfois un peu expéditive et leurs revirements rapides (encore une fois, la faute au format court). Certains personnages sont peu développés : celui du prêtre Oddie, de Philip, de Ken auraient mérité un traitement plus approfondi et plus de background, et celui de Jem, la sœur de Kieren, aurait pu être mieux traité.

Malgré ces petites réserves, on ne peut qu’espérer que la BBC renouvellera la série, qui a réussi en trois épisodes seulement à créer plus d’émotion et plus d’action que certaines autres… (je ne vise personne mais suivez mon regard…)

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In The Flesh série Zombie
L'auteur

POUET

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  1. Pingback: Une saison 2 pour In The Flesh en 2014 ! | GentleGeek 29 Mai, 2013

    […] prochain ! Après une première saison plutôt sympathique (dont nous vous avions proposé la critique ici), la série axée sur le retour de zombies sous la forme d’humains “partiellement […]

  2. Pingback: [Reportage] Etrange Festival 2013 #3 : Samedi 7 septembre | GentleGeek 13 Sep, 2013

    […] Basé sur un pitch de série B plutôt enthousiasmant, le film a du mal à décoller dans son premier tiers. L’approche en found footage est assez inutile – on voit l’action à travers les deux caméras d’un soi-disant réalisateur embarqué avec les soldats. La mise en place de l’action ne nous inspire que peu d’empathie pour les personnages, les “camarades” pillant et violant sur leur passage… La caractérisation des personnages reste très clichée et manichéenne (le “gentil” Polonais vs le “méchant” Russe, le vieux commandant juste, la jeune recrue (en la personne de Luke Newberry, Kieren dans la mini-série britannique In The Flesh). […]

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